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GRÉMILLON JEAN (1902-1959)

Réalisateur aujourd'hui un peu oublié, Jean Grémillon, dont la carrière va de 1923 à 1958, est pourtant l'un des metteurs en scène importants de l'histoire du cinéma français. Il fut l'auteur de documentaires (Alchimie, 1952 ; La Maison aux images, 1954 ; André Masson ou les Quatre Éléments, 1957-1958 ; ou encore du moyen métrage : Le 6 juin à l'aube, 1944-1945) ainsi que de films de fiction (citons Maldone, 1927, avec Charles Dullin ; Gardiens de phare, 1929, sur un scénario de Jacques Feyder, avec Genica Athanasiou ; Gueule d'amour, 1937, avec Jean Gabin et Mireille Balin ; Remorques, 1939-1941, scénario de Jacques Prévert, avec Gabin, Madeleine Renaud et Michèle Morgan ; Lumière d'été, 1942, scénario de J. Prévert et P. Laroche, avec Madeleine Renaud et Pierre Brasseur ; Le ciel est à vous, 1943, avec Madeleine Renaud et Charles Vanel, et L'Amour d'une femme, 1953, avec Micheline Presle).

D'abord influencé par l'avant-garde française et soucieux de photogénie (en 1926, il monta plusieurs courts métrages dans un ensemble intitulé Photogénie mécanique), il s'oriente à l'arrivée du cinéma parlant, en 1930, vers un réalisme toujours plus poussé et un intérêt accru pour la description des événements de la vie de tous les jours. Aussi son cinéma, loin de consommer le divorce habituel du documentaire et de la fiction, semble-t-il tenter leur synthèse ; ses personnages sont toujours ancrés dans une vie professionnelle et se définissent d'abord pour les spectateurs en fonction de leur métier. Dans L'Amour d'une femme, il est l'un des premiers et rares cinéastes à traiter le thème de la profession de la femme, en l'occurrence la médecine, et de ses incidences sur la vie sentimentale et la formation d'un couple. Comme le disait Grémillon lui-même à propos de son film Pattes blanches (1948), il s'agit de « l'insertion d'un destin particulier dans un cadre général » ; les fictions de ce film montrent les rapports d'êtres humains à leur entourage : la nature (et particulièrement la mer), le métier, le travail, l'art et, enfin, les sentiments et les passions. Très sensible à la musique, composant même des partitions pour ses films (Le 6 juin à l'aube), Grémillon n'est pas à proprement parler un « peintre de la vie quotidienne » : les personnages et le cadre de leur existence prennent une valeur dramatique, le vérisme de leur description débouche sur la révélation d'une déchirure, d'un rapport tragique au milieu, d'une solitude. Les films de Grémillon pourraient être dits des mélodrames, puisqu'ils développent le thème d'un destin, d'un conflit souvent sentimental d'individus avec le reste du monde. Pourtant, leur romanesque n'est pas romantique, et le lyrisme de Grémillon, loin de céder à l'épanchement et à l'emphase, est au contraire pudique et précis.

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