Manzoni, le plus grand écrivain italien après Dante, et dont les ouvrages ne cessent d'être réédités dans son pays, avait connu la célébrité en France : ses tragédies historiques publiées à Paris, en italien et en français, commentées, discutées ; sa préface à Carmagnola pillée par Victor Hugo ; son roman Les Fiancés, loué par les plus grands noms. Il est aujourd'hui presque méconnu des Français. Les traits de ce grand esprit : passion du vrai, passion de la justice seraient-ils dévalués et son humour trop subtil pour des lecteurs pressés ?
1. Passion du vrai
« Ne trahis jamais la sainteté du vrai » (In morte di Carlo Imbonati, 1806), se fait-il dire par l'ombre du compagnon de sa mère, mort quelques semaines avant l'arrivée à Paris de ce garçon de vingt ans qui s'étiolait à Milan dans la demeure paternelle. Alessandro Manzoni, affirmant là un trait de son caractère, lui donnait alors le sens d'une adhésion passionnée au « faux ménage » de sa mère, Giulia Beccaria, plus vrai par l'amour et l'estime réciproques que l'union légale avec le vieux comte Manzoni de cette mère adorée (qui l'avait mis en nourrice à sa naissance et enfermé au collège dès l'âge de six ans). Passion du vrai, enracinée plus profondément par l'événement crucial de sa vie : sa conversion religieuse ; elle détermina plus radicalement que les influences littéraires le tournant qui devait amener à être chef incontesté du romantisme italien ce jeune disciple de Monti tout féru alors de mythologie, dont il dira « en confidence » que son usage est « une idolâtrie ». Irréligieux et libéral, tel il était sorti des collèges religieux et réactionnaires ; son mariage avec l'exquise Henriette Blondel avait été béni dans le rite réformé. Le ménage fréquentait à Paris les amis rencontrés autour de Claude Fauriel et de Mme de Condorcet, mais aussi les Italiens liés à Port-Royal, auprès desquels Henriette découvrit le catholicisme ; elle abjura à Saint-Séverin, entraînant chez Manzoni et sa mère le retour à une foi oubliée.
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