L'œuvre de Scott ne peut être appréciée à sa véritable valeur que replacée dans une perspective historique ; il serait en effet tout à fait injuste, et inexact, d'en faire un écrivain mineur à reléguer sur les rayons des bibliothèques enfantines. Créateur d'un genre narratif, le roman historique, Scott a exercé sur son époque une influence profonde et incontestable, et cela bien au-delà des frontières de son Écosse natale. Dans toute l'Europe, de 1820 à 1870, en Espagne aussi bien qu'en Russie, ses imitateurs se sont multipliés ; cette influence, exceptionnelle par son aire de diffusion, se révèle durable dans la mesure où elle marque une étape vers l'élaboration du roman dit réaliste caractéristique du xixe siècle.
1. Le goût du passé à la fin du XVIIIe siècle
D'une santé fragile (une paralysie partielle le laisse boiteux), Walter Scott, né à Édimbourg, passe une partie de son enfance dans les Highlands, chez ses grands-parents. C'est dans le cadre de la « renaissance du gothique » (the gothic revival) que s'explique son action littéraire ; bercé par les contes, les ballades et les récits d'autrefois dont sa tante et sa grand-mère meublaient ses loisirs de petit garçon handicapé, Scott arrive dans la littérature au moment où tout un public se passionne pour un passé romanesque et idéalisé. Dès 1760, dans les Poèmes d'Ossian, James Macpherson avait prétendu remonter aux temps héroïques des bardes écossais ou anglais ; presque en même temps, l'évêque Thomas Percy rassemblait les textes d'ancienne poésie anglaise (Reliques of Ancient English Poetry, 1765) ; c'est encore à la même époque qu'on redécouvre Chaucer et que Chatterton tente d'imiter le style ancien. Scott lui-même entre en correspondance avec George Ellis en 1801, au moment où ce dernier est en train de réunir les textes des romans de chevalerie qu'il publiera plus tard. L'influence du mouvement allemand du Sturm und Drang et du groupe des écrivains de Göttingen vient renforcer ce goût du passé médiéval. Les premières publications de Scot […]
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