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MANZONI ALESSANDRO (1785-1873)

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2.  Passion de la justice

Un projet non réalisé, Spartacus, est significatif ; les choix de Manzoni sont attirés par les opprimés, les victimes de l'injustice. Carmagnola, le fidèle exécuté pour trahison ; Adelchi, le dernier de sa lignée – et c'est aussi la tragédie des Latins, doublement opprimés par les Lombards et les Francs ; Spartacus, la révolte des esclaves vouée à l'échec. Ses Hymnes sacrés (Inni sacri, 1812-1822) portent l'espérance du message divin aux rejetés, aux méprisés. C'est le prisonnier mort à Sainte-Hélène qui est célébré dans l'ode « Le Cinq Mai » (1821), et toutes pleines de l'humiliation de l'Italie sont ses pièces patriotiques. Le roman est né devant ces cas de mariages par surprise qui essayaient de parer à la tyrannie des grands : histoire d'humbles gens, deux jeunes campagnards qui s'aiment et voudraient se marier, mais, en butte aux puissants et aux lâches, sont saisis dans des événements plus grands qu'eux – plus grands aussi que les puissants. Faudrait-il, comme plusieurs critiques italiens, voir en Manzoni un homme déchiré entre deux mondes irréconciliables : le monde de l'histoire où règne le mal et le monde de Dieu ? Non, car pour lui l'injustice existe par la liberté des hommes, et il interpelle violemment les juges responsables dans l'Histoire de la colonne infâme (Storia della colonna infame, 1842) : l'ignorance, les institutions, la pression des foules, sont à considérer, mais la torture ne s'applique pas toute seule, les « actions iniques » sont fruit des « passions perverses », et seule devrait peser sur les juges la crainte de commettre une injustice.

Ce monde extrêmement mêlé, le romancier le considère parfois avec indignation, le plus souvent avec compassion, disposé à une « indulgence non de lassitude ou de mépris, mais de raison et d'amour » (« Lettre à M. Chauvet »). Là est le secret de son humour qui concilie le regard critique de l'observateur et l'émotion d'une sensibilité toujours en alerte, critique dégagée de malveillance ou de passion, tendresse dépouillée de sentimentalité ou de faiblesse.

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Les Fiancés, A. Manzoni Alessandro Manzoni

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