« L'histoire du cinéma est remplie de stars, les années passent, elles s'éteignent, on n'en reparle plus. L'art cinématographique est rempli de visages dont certains vivent et marquent l'écran d'une vie singulière. Acteurs, ou au contraire êtres dotés d'une acuité particulière, pourquoi leur nom est-il associé aux chefs-d'œuvre de l'art muet ou parlant ? On a le sentiment étrange qu'ils y sont plus qu'il n'y paraît, et que ces chefs-d'œuvre seraient incomplets s'ils ne s'y trouvaient. » Rendant ainsi en 1964 un premier hommage à Alain Delon à la Cinémathèque française, Henri Langlois associait son nom à ceux de Pierre Batcheff, Richard Barthelmess et Henry Fonda. Et il concluait : « Tous ces acteurs ont ceci en commun qu'ils n'attirent pas l'œil, qu'ils ne font pas de bruit ; ils s'imposent discrètement, délicatement, on a l'impression qu'ils sont aux sources de l'œuvre et qu'ils l'ont inspirée. » Que l'on soit séduit par la beauté et la prestance d'Alain Delon, ou irrité par son professionnalisme affiché qui tourne parfois au narcissisme ou à l'effet mécanique, que l'on regrette ou non que, contemporain de la Nouvelle Vague, il en soit resté éloigné ou que celle-ci l'ait ignoré, par mépris ou par malentendu, Delon n'en reste pas moins une des rares vraies stars du cinéma français.
1. Jouer d'instinct
Né à Sceaux le 8 novembre 1935, Alain Delon connaît une jeunesse tumultueuse : parents séparés, scolarité chaotique, C.A.P... Il s'engage à dix-sept ans dans l'armée et combat en Indochine. Il doit à l'amitié de Jean-Claude Brialy et Brigitte Auber, et à un physique avantageux, de fréquenter les milieux du cinéma. Un critique anonyme de la Centrale catholique du cinéma signalait, lors de sa première prestation dans Quand la femme s'en mêle (1957), d'Yves Allégret, que, face à des professionnels chevronnés comme Edwige Feuillère, Jean Servais ou Bernard Blier, la beauté juvénile de l'acteur ne rendait que plus inquiétant son rôle de tueur à gages. L'année suivante, dans Sois bell […]
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