Né à Smyrne, mort à Paris, Henri Langlois a plus fortement et plus durablement influencé le cinéma que s'il avait été réalisateur, scénariste ou producteur. Dès son adolescence, la passion pour le cinéma, en quoi il voit un moyen d'expression privilégié, art populaire et création autonome, l'entraîne à tout sacrifier à un but unique : sauver les films de la destruction.
En 1935, il fonde avec Georges Franju le Cercle du cinéma. Puis, avec Georges Franju et Jean Mitry, Henri Langlois crée en 1936 la Cinémathèque française, association privée régie par la loi de 1901, et qui ne commencera à recevoir de modestes subventions que bien plus tard. L'organisme connaît un immense essor à la suite du sauvetage de nombreux films pendant l'Occupation allemande. Après la guerre, Mary Meerson, Lotte Eisner, Marie Epstein vont travailler avec Henri Langlois, qui ne séparera jamais la conservation des films et leur projection devant le public. Ainsi naissent et s'affirment dans les faits l'idée d'une culture cinématographique, d'un art du cinéma, et la reconnaissance des créateurs comme auteurs à part entière de leurs films. Langlois ne voulait ni choisir ni juger. Seulement préserver et montrer — tirer le cinéma de l'éphémère du négoce et du succès immédiat. Son œuvre serait sans doute déjà considérable (articles, textes, conférences), si elle s'était bornée à susciter des créateurs, un nouveau public, un nouveau cinéma. Mais surtout elle prouve que l'art du film est une part cardinale de la sensibilité, individuelle ou sociale, de l'homme d'aujourd'hui.
Henri Langlois a prouvé que tout film, quel qu'ait été son succès ou son audience, avait valeur d'œuvre.
Pierre KAST
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