3. Rāmānuja et la réalité du monde
La deuxième des formes majeures de l'advaita est le viśiṣṭādvaita enseigné par Rāmānuja (xiie siècle), populaire chez les adorateurs de Viṣṇu, particulièrement chez les Śrīvaiṣṇava. L'Être suprême sans second n'existe pas seulement à part, isolé du monde illusoire, mais encore il est présent dans les choses particularisées (viśiṣṭa) du monde phénoménal, et notamment dans les manifestations de Viṣṇu sous forme de manifestations divines personnelles et d'incarnations à la portée des hommes. Cette doctrine, sans donner au monde phénoménal la plénitude de l'Être éternel et infini, le tire de cet Être par évolution (pariṇāma) et non plus par processus extérieur (vivarta). Elle expose et établit scolastiquement la conception exprimée par les saints vichnouistes tamouls (Āḻvār), et dont Rāmānuja, tamoul lui-même, était pénétré. Nammāḻvar, en effet, avait déjà chanté l'Être suprême comme substrat nécessaire de toute existence, même de toute existence temporelle et illusoire, même du néant qui, sans participation à l'existence, n'aurait pas lieu. Ceci implique, pour Rāmānuja, que l'Être suprême dans son unicité jouit de particularités ou différenciations (viśesa) qui composent son unité sans la rompre, d'où une interprétation courante du terme viśiṣṭādvaita comme désignant une « unité à différenciations ». Différenciés sont les trois groupes d'entités génériques diversifiant en ses manifestations l'essence commune de l'Être : le Brahman, le cit, particularité spirituelle du Brahman manifestée dans les âmes humaines, et l'acit, particularité non spirituelle du Brahman manifestée dans l'univers matériel.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



