2. Absolu et pratique selon Śaṅkara
La forme absolue, n'admettant aucune autre réalité que le Brahman, fait par conséquent du monde une illusion, tel est le kevalādvaita de Śaṅkara. Le monde est un rêve bien lié, affirmation qui s'apparente à certaines doctrines bouddhiques. Śaṅkara enseigne l'unicité de l'Être isolé (kevala), c'est-à-dire existant seul, à part du monde des représentations, éternel et infini, exempt de toute qualification (nirguna) et exempt de toute particularité (nirviśeṣha), à la différence de toutes choses dans l'univers qui, elles, sont limitées par leurs modalités spécifiques et n'ont pas, en elles-mêmes, d'existence propre. Cet « Unique à part » a cependant une essence propre par laquelle il est devenu courant, dans l'école, de le définir comme étant le réel, l'esprit et la béatitude (saccidānanda). Toute l'école fait du monde sensible une fantasmagorie (māyā) inconsistante, qui séduit par l'effet de l'ignorance (avidyā) et qui est produite par un processus extérieur (vivarta). L'individualité vivante (jīva), aveuglée par l'ignorance, se voit des délimitations phénoménales (upādhi) dans un monde fait des représentations qu'elle a elle-même de ce monde. L'individualité psychique, produit des expériences individuelles fallacieuses éprouvées en ce même monde, s'attache à lui et y transmigre de corps en corps, jusqu'à l'acquisition de la connaissance de l'Être unique véritable qui détermine la dissolution de l'individualité phénoménale. Mais, délivré vivant (jīvanmukta), celui qui connaît ce qui appartient au sens suprême (pāramārthika) peut continuer à opérer dans le domaine de la réalité pratique (vyāvahārika). Aussi les maîtres successifs qui ont présidé aux institutions créées par Śaṅkara ont-ils toujours gardé un rôle de guides spirituels et parfois joué un rôle politique (inspirant, par exemple, la fondation au xive siècle de l'empire de Vijayanagar).
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



