L'œuvre de Cassandre dans le champ du graphisme peut être considérée comme une des plus importantes au plan mondial. Cela vaut, à l'évidence, pour l'art de l'affiche, qui en constitue l'essentiel et dans lequel il a excellé, mais également pour sa création de caractères typographiques, dont l'apport ne cesse d'être réévalué depuis plusieurs années. Il a été le modèle de plusieurs générations de graphistes et sa leçon s'est perpétuée jusqu'à nos jours comme en témoigne le regain d'intérêt pour l'ensemble de ses créations – affiches, livres et typographie , marqué notamment par la grande exposition qui lui a été consacrée par la Bibliothèque nationale de France, en 2005.
1. Un architecte de l'affiche
A.M. Cassandre, de son vrai nom Adolphe Jean-Marie Mouron, est né à Kharkov, dans une famille française de négociants, installée en Russie. En 1915, il revient en France, et, à partir de 1918, il étudie la peinture chez Lucien Simon, puis à l'académie Julian, à Paris. En 1919, il se classe troisième d'un concours d'affiches organisé par Michelin ; ce qui l'encourage à persévérer dans ce registre, à la fois rémunérateur et répondant à son aspiration à un art vivant, hors de tout académisme. C'est alors qu'il prend le pseudonyme de A.M. Cassandre, signant quelques réalisations (Margarine Sacac ; Pâtes Garres) inspirées de l'esthétique de Cappiello.
En 1923, il créée Au Bûcheron, la première affiche commerciale portant la marque de la modernité, qui connaît un succès considérable, mais fait l'objet d'une violente critique dans L'Esprit nouveau, revue où Le Corbusier défend ses thèses « puristes » sur l'architecture moderne. Cassandre est, selon ses propres dires, très attentif aux recherches du grand architecte, notamment celles concernant les tracés régulateurs. Une seconde version d'Au Bûcheron paraît à l'occasion de l'Exposition internationale des arts décoratifs de 1925, et obtient le grand prix de cette manifestation. Redessinée selon une conception puriste, elle fait en quelque sorte allégeance à Le Corbusie […]
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