Né le 30 mai 1900 à Bonnières-sur-Seine dans une famille passionnée d'architecture (il est le frère cadet de Jacques Carlu), Jean Carlu s'engage dans cette voie à l'École des beaux-arts de Paris. Alors qu'il vient d'être primé au concours d'affiches du dentifrice Glycodont, le 28 octobre 1918, le jeune homme a le bras droit sectionné par un tramway. À dater de ce jour, sa carrière prend un tout autre tour. Abandonnant le té et l'équerre de l'architecte, Carlu se tourne vers l'affiche et apprend à dessiner de la main gauche. Engagé chez Sirven, l'imprimeur d'affiches (1919-1921), il réalise ses premiers travaux dans le style de Capiello, dont les principes esthétiques reposent sur une organisation rigoureuse des masses lumineuses de l'image : une tache claire sur un fond sombre et inversement. Très rapidement, Carlu tente de mettre en œuvre les recherches de l'art d'avant-garde. Le cubisme le passionne, en particulier les conceptions d'Albert Gleizes. Son affiche pour les phares Marchal (1924) obéit aux lois de la section d'or. Dès 1923, une conférence de Juan Gris à la Sorbonne avait apporté des éléments de réponse aux questions que se posait Carlu sur l'expression graphique de l'idée. Si les formes, les couleurs, les lignes induisent des significations et des émotions, pour s'exprimer avec efficacité le motif doit s'approprier ce langage plastique. En 1925, sa création Monsavon l'impose parmi les grands noms de l'art publicitaire d'avant-garde ; avec une technique dérivée du cubisme, cette affiche – véritable coup de poing pour le spectateur – représente au premier plan un bras tendant une savonnette. Une affiche pour le dentifrice Gellé (1928) repose sur « un triangle blanc éclatant au milieu d'un profil rouge très vif... » ; celle de Paris-Soir, qui lui est contemporaine, met en scène l'avancée progressive du cri qui annonce le vendeur de journaux. En 1929, devenu un maître reconnu, il rejoint, avec Cassandre, Loupot, Francis Bernard et Colin, l'Union des artistes modernes, dont il devi […]
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