YUNUS EMRE (mort en 1320 env.)

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La poésie la plus simple et la plus complexe

Le paradoxe apparent de Yunus Emre réside dans sa capacité d'atteindre le niveau conceptuel le plus élevé par le moyen d'un langage quotidien simple. Croire et ne pas croire, nier et affirmer, être et n'être pas se traduisent chez lui par un verbe chargé tantôt d'amour divin, tantôt de ferveur terrestre, à la limite du compatible. Le poète frôle parfois ainsi l'impiété et la révolte :

   C'est Dieu que je désirais   Je l'ai trouvé – et puis après ?

Cet état d'esprit fut cultivé par une branche populaire de la Chi‘a, le melâmisme, auquel s'est idéologiquement apparenté Yunus. Une autre source spirituelle fut pour lui celle de Halladj de Bagdad (comme il l'appelle), qui situe la divinité dans la présence concrète du corps humain : « Les sept ciels, les monts et les mers, et les niveaux telluriques, l'envol ou la chute aux enfers, tout cela dans le corps humain. »

En entrelaçant les thèmes du désespoir et de la mort à ceux de la joie du monde et de l'éternité, Yunus a créé une poésie originale. En outre, le vocabulaire ainsi que la condensation syntaxique de sa langue se réfèrent aux usages du peuple turc. Il créa ainsi la poésie turque à un moment où les lettrés avaient opté pour le persan ; Yunus, par sa poésie, combat la scission culturelle. Il façonna et fixa la langue et la sensibilité turques pour des siècles, en marge et en opposition à la culture du sérail. Son tour de force fut d'avoir donné la primauté au vers syllabique turc tout en lui imbriquant avec plus ou moins de rigueur la métrique iranienne. Sans doute tentait-il ainsi de prouver aux fervents de l'élégance littéraire persane que l'harmonie et le rythme de la poésie traditionnelle turque pouvaient rivaliser avec la sonorité du rythme quantitatif.

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Écrit par :

  • : chargée d'enseignement honoraire à l'Institut des langues et civilisations orientales, université de Paris-III

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Dans le chapitre « La littérature orale »  : […] Bien que les documents sur la littérature turque orale de l'époque des Seldjoukides soient quasi inexistants, il est possible d'en reconstituer les traits dominants par recoupement, car on connaît la poésie des Turcs anciens grâce au dictionnaire turc-arabe de Mahmoud-al-Kachgârî (1072) et, plus tardivement, grâce aux premiers recueils manuscrits ottomans se rapportant aux siècles précédents. Ain […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Guzine DINO, « YUNUS EMRE (mort en 1320 env.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/yunus-emre/