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WONG KAR-WAI (1958- )

The Grandmaster, de Wong Kar-wai

The Grandmaster, de Wong Kar-wai

Wong Kar-wai est né en 1958 à Shanghai. En 1963, à la veille de la révolution culturelle, ses parents émigrent à Hong Kong ; ses souvenirs d'enfance lui fourniront le cadre de deux films importants : Nos Années sauvages et In the Mood for Love. Après des études de dessin et surtout de photographie, il entre à la télévision, où il devient assistant. Nourri de cinéma américain, puis européen, il fait ses armes dans le long-métrage en écrivant des dizaines de scénarios. Au début des années 1980, films de genre et cinéma d'auteur coexistent : il écrit donc des films commerciaux – comédies, polars, kung-fu – tout en fréquentant le bref mouvement de la « nouvelle vague » dont fait notamment partie Patrick Tam, avec lequel il collabore fréquemment. Lorsque Wong Kar-wai débute dans la mise en scène, en 1988, c'est avec As Tears Go by, interprété par le très populaire Andy Lau : un film de gangsters efficace et brillant, fidèle à tous les codes du genre, mais dont la réalisation se permet des instants de rêverie inattendue, délibérément empruntés à Mean Streets de Martin Scorsese.

Une esthétique du rejet

Le succès d'estime d'As Tears Go by permet à Wong Kar-wai de tourner avec un gros budget, et dans des conditions éprouvantes, Nos Années sauvages (1990). Échec commercial notoire, le film décrit l'errance d'un jeune don juan désabusé (Leslie Cheung) qui multiplie les conquêtes et les rencontres, tout en cherchant la trace de sa mère biologique, exilée aux Philippines (elle le rejettera sans même le voir). L'obsession du temps tient une place essentielle dans ce récit éclaté d'un mal de vivre gouverné par les pulsions et rongé par la poursuite de rêves insaisissables. Un univers se construit à travers la splendeur des images, les ruptures de rythme du montage, la musique occidentale ou sud-américaine qui envahit la bande-son.

Le film suivant, Les Cendres du temps (1994), aurait pu apparaître comme une concession à un genre très populaire, le film de chevalerie, équivalent de nos récits « de cape et d'épée ». Mais le cinéaste détourne la tradition du héros au parcours exemplaire, pour privilégier sa thématique personnelle de la marginalité sociale et du rejet affectif. Il complexifie à loisir une mosaïque de personnages, d'actions et de lieux, bouleversant la chronologie narrative en hommage à ses romanciers préférés, Gabriel García Márquez et Manuel Puig.

Profitant d'une interruption technique lors de la réalisation des Cendres du temps, Wong Kar-wai décide, en quelques semaines, sans scénario et avec un budget restreint, de tourner Chungking Express (1995), qui va asseoir sa légende et provoquer des centaines d'imitations, à Hong Kong et ailleurs. Authentique portrait kaléidoscopique de Hong Kong à la veille de sa rétrocession à la Chine, le film dénonce le clinquant de la cité moderne, tout en succombant à sa fascination. Le mélange est détonant : la mobilité de la caméra, la discontinuité de la narration et l'emploi de la musique rock avouent l'influence du vidéo-clip, tandis que le goût de la déambulation et de la dérive amoureuse définit une étrange métaphysique du rendez-vous manqué. Cette esthétique sera portée à l'extrême dans Les Anges déchus (Fallen Angels, 1997), cinglante chronique de quelques paumés dans l'enfer urbain contemporain.

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Écrit par

  • : membre du comité de rédaction de la revue Positif, critique et producteur de films

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • THE GRANDMASTER (Wong Kar-Wai)

    • Écrit par Pierre GRAS
    • 889 mots
    • 1 média

    Présenté à Berlin au début de 2013, The Grandmaster a marqué le retour très attendu de Wong Kar-wai qui, après son 2046 à la fois magistral et déconcertant (2004), n’avait pas retrouvé le succès public. Son court-métrage La Main (2005), intégré à l’inégal Eros comprenant également...

  • IN THE MOOD FOR LOVE, film de Wong Kar-wai

    • Écrit par Jacques AUMONT
    • 994 mots
    • 1 média

    Chungking Express (Chong qing sen lin) avait été récompensé à Locarno en 1994, Wong couronné meilleur réalisateur à Cannes en 1997 pour Happy Together (Cheun gwong tsa sit). À la différence d'autres réalisateurs hongkongais, c'est vers l'Europe qu'il se tourne pour s'internationaliser : ...

  • CHEUNG LESLIE (1956-2003)

    • Écrit par Universalis
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  • ÉROTISME

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    À Hong Kong, Wong Kar-wai, après ne nous avoir caché aucun détour charnel ou psychologique d'une relation homosexuelle (Happy Together, 1996), se fait le chantre d'une esthétique pudique et poétique avec In The Mood for Love(2000) : les corps nostalgiques – celui de Maggie Cheung en particulier...
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    Resté à Hong Kong avant, pendant et après la rétrocession, Wong Kar-wai, qui s’était fait connaître avec As Tears Go By (1988) et Nos Années sauvages (1990), fait désormais figure de patriarche. Après Happy Together (1997), film d’amour gay conçu comme une revendication de liberté en matière...