LUTOSŁAWSKI WITOLD (1913-1994)

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La carrière de Lutosławski s'identifie avec une page de l'histoire de son pays, la Pologne, et s'inscrit dans près d'un demi-siècle de totalitarisme dont il a dû s'accommoder avant de devenir le chef de file de l'une des écoles de composition les plus originales et les plus novatrices de la seconde moitié du xxe siècle.

Il naît à Varsovie le 25 janvier 1913 et commence à étudier le piano dans son enfance. Puis il travaille le violon, avec Lidia Kmitova (1926-1932) ainsi que la théorie et la composition, avec Witold Maliszewski (à partir de 1927). Il reçoit également une formation de mathématicien à l'université de sa ville natale (1931-1933). Au Conservatoire de Varsovie, il étudie le piano, avec Jerzy Lefeld et la composition, avec Maliszewski. Après avoir été fait prisonnier par les Allemands au début de la Seconde Guerre mondiale, il s'échappe et revient à Varsovie, où il mène une vie musicale clandestine en jouant notamment dans des cafés. Des œuvres composées à cette époque, seules les Variations sur un thème de Paganini pour deux pianos ont survécu (1941). Sa première symphonie, composée entre 1941 et 1947, est interdite par les autorités communistes à cause de son langage trop novateur. Il doit se soumettre aux directives artistiques du régime et composer des œuvres plus faciles d'accès. Sa première période créatrice est marquée par une écriture néo-classique avec des références à la musique populaire traditionnelle. L'influence de Bartók transparaît dans son Concerto pour orchestre (1950-1954), avec des changements de couleur incessants et des rythmes asymétriques. L'évolution de la doctrine officielle lui permet de revenir à un langage atonal avec sa Musique funèbre pour orchestre à cordes (1958), hommage à Bartók dont la base thématique repose sur un enchaînement de quartes augmentées descendantes. Dès la fin des années 1950, il se dégage totalement des contraintes et fait des incursions dans le langage dodécaphonique et dans celui de la musique aléatoire. Le contrepoint aléatoire constitue l'un des éléments les plus originaux de son écriture. Les Jeux vénitiens (1961) et les Trois Poèmes d'Henri Michaux pour chœur, instruments à vent, percussion, deux pianos et harpe (1963) le révèlent au monde occidental et marquent un point de départ dans l'évolution de la jeune école polonaise : ses cadets Penderecki, Górecki, Serocki et Baird s'inscrivent dans ce mouvement, qui date de 1956, année de la création de l'Automne musical de Varsovie, festival de musique moderne qui devient une des vitrines de la création contemporaine. Il commence à diriger ses propres œuvres à partir de 1963 et à enseigner en Europe occidentale.

Son écriture évolue alors vers des recherches de sonorités qui le mènent parfois vers un pointillisme à la façon de Webern, mais très personnel (Symphonie no 2, 1965-1967 ; Livre pour orchestre, 1968 ; Concerto pour violoncelle, dédié à Mstislav Rostropovitch, 1970). Féru de culture française, il continue à mettre en musique des vers de nos compatriotes (Paroles tissées pour ténor et orchestre de chambre sur un poème de J.-F. Chabrun, 1965). Au fil des années, une synthèse s'opère dans son langage et il élabore des structures polyphoniques plus serrées avec un retour aux formes classiques (Mi-parti pour orchestre, 1976 ; Les Espaces du sommeil pour baryton et orchestre sur des poèmes de Robert Desnos, 1975 ; Novelette pour orchestre, 1979). À partir des années 1980, sans rester insensible au courant néo-romantique qui domine les nouvelles écoles occidentales, son écriture trouve un point d'aboutissement avec un système harmonique reposant sur les accords de douze sons qu'il parvient enfin à mettre en œuvre dans des textures réduites. Le Double Concerto pour hautbois et harpe (écrit pour Heinz et Ursula Holliger, 1980) est la première partition de grande dimension de cette période, suivie de la Symphonie no 3 (1972-1983), de Chain 1 pour quatorze exécutants (1983), de la Partita pour violon et orchestre (1984), de Chain 2 pour violon et orchestre (créé par Anne-Sophie Mutter, 1985), de Chain 3 pour orchestre (1986), du Concerto pour piano (1988), de Chantefleurs et chantefables pour soprano et orchestre sur des poèmes de Desnos (1991) et de la Symphonie no 4 (1992). Il meurt à Varsovie le 7 février 1994.

Lutosławski n'a laissé qu'un petit nombre d'œuvres : il les remaniait sans cesse pour parvenir à un état d'équilibre et de perfection satisfaisant, et certaines sont restées une dizaine d'années sur le métier. Il a ainsi toujours remis au lendemain un projet d'opéra dont il venait de trouver le sujet quelques mois avant de mourir. L'évolution de Lutosławski est exceptionnelle dans la musique du xxe siècle car il a subi relativement peu d'influences. L'isolement dans lequel il s'est trouvé entre la fin des années 1940 et le début des années 1960 l'a amené à créer de façon expérimentale les éléments fondamentaux de son écriture. S'il se reconnaît une parenté culturelle avec Debussy, Bartók ou le jeune Stravinski, il s'est trouvé complètement isolé des déferlements postsériels des années 1950. Certes, il n'est pas resté insensible au langage de Schönberg, mais il l'a plutôt détourné pour créer une forme harmonique originale fondée, elle aussi, sur les douze sons de la gamme chromatique. Sa rigueur, sa noblesse, son sens poétique et sa quête perpétuelle de la perfection en font l'un des créateurs les plus attachants du xxe siècle, proche à bien des égards de Dukas ou de Dutilleux. Il a su réconcilier la musique de son temps avec l'émotion et la poésie.

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Écrit par :

  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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Alain PÂRIS, « LUTOSŁAWSKI WITOLD - (1913-1994) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/witold-lutoslawski/