WORDSWORTH WILLIAM (1770-1850)

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Dans la perspective de deux siècles, le génie de Wordsworth a surmonté hostilité et dérision et atteint, par-delà sa période « militante » (1820-1830), pour citer De Quincey, la consécration « triomphante », qui le place aux côtés de Shakespeare et de Milton. S'il lui a manqué l'auréole du poète romantique mort jeune, ce qui lui eût épargné un déclin trop exploité contre lui, il a eu le temps de « se construire », de réaliser un idéal de « vie simple et [de] pensée élevée », conciliant des ardeurs violentes et un sens intransigeant des valeurs intellectuelles, en une personnalité qui sacrifiait toujours l'attrait à la grandeur morale et se glorifiait de ce que John Keats a si bien dénommé « égotisme sublime ». Quand il se définit, se sacre, en quelque sorte, a dedicated Spirit, il faut accepter cette déclaration comme la conscience d'une mission spirituelle.

Wordsworth

Wordsworth

Photographie

Portrait du poète anglais William Wordsworth (1770-1850). 

Crédits : Hulton Getty

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Un poète enraciné

« Il y avait un dandinement, une nonchalance dans sa démarche [...] ses tempes étaient marquées par une tension austère et lassée de la pensée, et ses yeux par une flamme (comme s'il voyait dans les objets quelque chose de plus que leur apparence extérieure) ; il avait un front haut, tendu et étroit, un nez aquilin, des joues creusées par la force de la volonté et des sensations... » C'est ainsi que le critique Hazlitt voyait le poète William Wordsworth à vingt-huit ans. De tous les poètes anglais, Wordsworth est le plus terrien, le plus enraciné. Né à Cockermouth, en bordure du pays des Lacs, il reçut une formation très libre à l'école rurale de Hawkstead, en communion avec la nature, sa véritable éducatrice en qui il transféra l'affection dont le priva, à sept ans, la mort de sa mère, cause de la dispersion de la famille : ses trois frères et sa sœur Dorothy. Quatre ans après la mort soudaine de son père (1783), il entra, avec l'aide d'un oncle, à l'université de Cambridge, indifférent aux études routinières et réservant son ardeur aux deux voyages qu'il fit en France (1790 ; 1791-1792). Le second souleva son enthousiasme pour la Révolution, pour le [...]

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Écrit par :

  • : professeur honoraire à la Faculté des lettres et sciences humaines de Paris

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Pour citer l’article

Louis BONNEROT, « WORDSWORTH WILLIAM - (1770-1850) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 avril 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/william-wordsworth/