DUISENBERG WILLEM (1935-2005)

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Premier président de la Banque centrale européenne, Willem (« Wim ») Duisenberg appartient à une tradition d'économistes néerlandais appelés aux plus hautes fonctions dans leur pays mais aussi dans les organismes internationaux.

Né à Heerrenveen (Pays-Bas) en 1935, il effectue des études d'économie à l'université d'État de Groningue. C'est dans cette université qu'il obtient son doctorat en 1965, avec une thèse sur les conséquences économiques du désarmement. Sa carrière est marquée par de multiples va-et-vient, apparemment plus faciles à pratiquer aux Pays-Bas que dans certains autres pays européens, entre fonction publique et secteur privé, dans son pays et à l'étranger. Willem Duisenberg a d'abord enseigné l'économie à Groningue de 1961 à 1965, puis comme professeur à l'université d'Amsterdam de 1970 à 1973. Entre-temps, il a fait partie du F.M.I. de 1965 à 1969, puis a eu une première expérience avec la Nederlandsche Bank, la Banque centrale des Pays-Bas, en 1969-1970. La phase vraiment politique de son parcours se déroule de 1973 à 1978, d'abord comme ministre des Finances de son pays (1973-1977) puis, pour un bref mandat (1977-1978), comme député au Parlement. Il met alors ses compétences déjà reconnues d'économiste au service de son parti, le Parti travailliste, et de son pays, et se présente comme un keynésien tempéré, sensible aux arguments du monétarisme et de la théorie néo-classique.

Il vit ensuite une expérience de dirigeant d'une banque commerciale (vice-président de la Rabobank, équivalent de notre Crédit agricole, de 1978 à 1981), avant le retour aux postes de responsabilité à la Banque centrale : directeur exécutif (1981-1982) puis président (1982-1997). À ce titre, il est également désigné pour deux mandats (1988-1990 et 1994-1997) à la tête de la Banque des règlements internationaux à Bâle. En 1997, il remplace le Belge Alexandre Lamfalussy à la tête de l'Institut monétaire européen (I.M.E.), chargé de préparer l'arrivée de l'euro et de la Banque centrale européenne (B.C.E.). Willem Duisenberg a été désigné, après une longue querelle qui n'honore pas spécialement la France, comme le premier président de la B.C.E. Une Banque centrale européenne qui est née officiellement le 1er juillet 1998, mais qui devient responsable de la politique monétaire pour la zone euro à partir de janvier 1999.

Au départ, Willem Duisenberg fait partie de cette lignée d'économistes néerlandais classés à gauche, concernés par les relations internationales, les questions sociales et le développement... dont le maître incontestable et incontesté a été le premier Prix Nobel d'économie Jan Tinbergen. Comment passe-t-on de cette sensibilité de gauche à un souci de l'orthodoxie monétaire qui a bêtement conduit certains observateurs à voir dans Duisenberg un « clone » de Hans Tietmeyer, le président de la Bundesbank ? La question est, d'une certaine façon, déplacée. Car cela fait longtemps, aux Pays-Bas comme ailleurs, qu'une grande partie de la gauche est acquise à l'objectif de stabilité des prix. De plus, depuis le début des années 1980, la controverse entre monétaristes et keynésiens a plutôt laissé la place à une synthèse monétaro-keynésienne dans laquelle la désinflation fait l'objet d'un consensus.

On comprend alors mieux la politique de Willem Duisenberg à la tête de la Nederlandsche Bank puis de l'I.M.E. L'ancrage étroit du florin au deutsche Mark, pour un petit pays très ouvert, était sans aucun doute nécessaire à la stabilité des prix. Il a dessiné une zone mark, ensemble de devises rattachées à la monnaie allemande avec une marge de fluctuations de 1 p. 100, beaucoup plus étroite que l'officielle marge du Système monétaire européen. L'ancrage du florin n'était toutefois pas suffisant : ce que l'on appelle aujourd'hui le modèle néerlandais, ce pacte social fondé sur la modération salariale, le développement du temps partiel, etc. a fait le reste, conforté par la politique monétaire.

Tout, d'une certaine manière, désignait le président de l'I.M.E. pour être le premier président de la B.C.E. Le compromis franco-néerlandais de mai 1998 a débouché sur un accord non écrit : alors que son mandat e [...]

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CHANGE - L'intégration monétaire européenne

  • Écrit par 
  • Christian BORDES
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Christian de BOISSIEU, « DUISENBERG WILLEM - (1935-2005) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/willem-duisenberg/