VELOURS

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Les premiers hommes furent, dit-on, vêtus de fourrures d'animaux variés et, par son aspect, le velours suggère une sorte de pelage, mais en est-il dérivé ? Ce n'est là qu'une simple hypothèse. Quoi qu'il en soit, il est certain que le velours est une création de l'Orient, vraisemblablement de la Perse, où les Italiens le découvrirent et d'où ils l'importèrent. On a retrouvé des velours qui garnissaient des fonds de reliquaires datant du xive siècle, et il semble que ce soit là la date la plus ancienne à laquelle puisse remonter cette technique, du moins en Occident. On sait que, déjà, en 1347, le Grand Conseil de Venise autorisait les veloutiers à se constituer en corporation et que, dès le xve siècle, la maîtrise des tisseurs veloutiers italiens était très grande. Nous possédons en effet des velours de cette époque dont l'exécution, faute d'une main-d'œuvre qualifiée, serait très difficile de nos jours, sinon impossible. En France, ces étoffes à l'aspect somptueux étaient fort appréciées, mais ce n'est guère qu'à la fin du xvie siècle que l'on fut en mesure de les tisser. On continua cependant d'en importer d'Italie ou d'Espagne jusqu'au xviie siècle, époque à laquelle ont été réalisés de très beaux velours, tant pour l'ameublement que pour le vêtement, et dont la consommation croissante devait encore entraîner des recherches d'exécution et d'invention.

Les velours peuvent être en laine, en coton, en lin ou en soie, les plus beaux velours étant exécutés en soie. Chacun connaît l'aspect particulier de ces tissus qui se distinguent des autres étoffes par leur surface couverte de boucles ou de poils dressés au-dessus d'une croisure de fond. Les velours sont des tissus formés de deux chaînes, une chaîne pièce servant à produire la croisure de fond, et une chaîne spéciale, dite chaîne poil, réservée à la formation de la surface velue. Cette dernière chaîne passe sur des « fers », sortes de tiges métalliques, qui sont intercalés tous les deux, trois ou quatre coups de trames entre les fils des deux chaînes qu'une seule trame suffit à lier. Au fur et à mesure du tissage, lorsque les « fils poil » sont bien fixés par leurs croisements avec la trame, les fers (au nombre de deux, trois ou quatre) sont pris par leur extrémité et retirés à tour de rôle, puis replacés immédiatement entre les deux chaînes. Suivant le mode de tissage et le genre de fer utilisé, les velours sont dits épinglés ou frisés, ou bien coupés. Le velours frisé est construit à l'aide de fers de section ronde. Le tissu est composé de côtes parallèles à la trame, qui sont formées de bouclettes en relief juxtaposées et fixées au-dessus de la croisure du fond, en général une armure taffetas.

Dans les velours coupés, on utilise des fers de section plus ou moins rectangulaire, présentant à leur partie supérieure une cannelure sur toute leur longueur. Cette cannelure sert à guider une lame d'acier qui vient couper les flottés de la « chaîne poil », et par là même libérer les fers. On obtient ainsi, au lieu de la bouclette caractéristique du velours frisé, deux brins en relief. La surface est ensuite égalisée avec une machine spéciale, dite à raser, et se trouve dès lors composée de petites touffes de même hauteur, juxtaposées et dressées plus ou moins verticalement au-dessus du fond (le plus souvent en armure taffetas ou sergé). Bien entendu, pour que ces touffes de poil ne puissent s'arracher du tissu par simple frottement, il importe que les fils croisent au maximum avec la trame entre chaque insertion d'un fer. L'emploi de fers de section différente permet, d'autre part, d'obtenir deux hauteurs de poil produisant des effets de dessin, mais ce procédé, dit altobasso en Italie, relevé en France, est rarement employé parce que l'exécution en est difficile. Si le velours contient des parties bouclées, d'autres coupées, il prend alors le nom de velours ciselé (dont il s'est fait un grand usage depuis le xve siècle, tant pour le vêtement que pour les ornements liturgiques). Bien que faites avec le même poil, les touffes de velours coupé et les boucles de velours frisé ne réfléchissent pas la lumière de la même façon. Les parties coupées, plus hautes, paraissent plus foncées que les parties frisées, et le velours donne ainsi l'impression d'avoir été tissé en deux tons.

Il existe également des velours à plusieurs coloris, appelés « velours à plusieurs corps » (deux, trois, quatre corps...). Ils [...]

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Pour citer l’article

Évelyne GAUDRY, « VELOURS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/velours/