VAZKEN Ier (1908-1994)

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Le cent-trentième catholicos (chef religieux) de l'Église apostolique arménienne est né Lévon-Garabed Baldjian le 20 septembre 1908 à Bucarest. C'est le fils unique d'une famille d'artisans arméniens de l'Empire ottoman immigrée en Roumanie après les massacres de 1895. Sa mère était une institutrice sociale-démocrate. Il fait ses études à Bucarest, d'abord à l'établissement secondaire protestant allemand, ensuite à l'école de commerce, puis il entre à la faculté de lettres de l'université de Bucarest. En 1937, il termine une spécialisation en sciences sociales, pédagogie et psychologie. À l'époque, il est membre de l'Association des amis de la culture arménienne de Roumanie, publie le mensuel Herg et, avec le soutien de l'archevêque arménien de Roumanie, Les Arméniens du Musa Dagh dans le roman de Franz Werfel en 1940 et Khrimian Hayrik, pédagogue en 1943.

Ce comptable et enseignant au collège arménien de Bucarest entre en religion en septembre 1943 à l'âge de trente-cinq ans, quand il est ordonné prêtre (vartapet). Sa carrière ecclésiastique commencée sur le tard va connaître une ascension rapide. Tout en entamant ses études de théologie en 1943-1944 à Bucarest, Lévon Baldjian, rebaptisé Vazken, devient le Locum tenens (archevêque par intérim) de l'Église arménienne de Roumanie dès novembre 1943. Comprenant le poids de la Russie dans la protection des Arméniens et la volonté de Staline de s'appuyer sur la religion pour combattre le nazisme, Vazken décide de se rapprocher de l'Église orthodoxe russe et de Moscou. En effet, après la Seconde Guerre mondiale, Staline entreprend une campagne de séduction en direction de la diaspora arménienne. L'Église d'Arménie soviétique doit y jouer un rôle important. Dès 1945, Vazken se rend à Etchmiadzine, siège du catholicosat arménien, en territoire soviétique. En 1954, il publie un livre prosoviétique, Sous le soleil de la patrie. En 1952, il est élu évêque et, à la mort du catholicos Kevork VI, il est élu catholicos le 30 septembre 1955. Mais sa personnalité ne fait pas l'unanimité. Le catholicosat d'Antélias, coupé d'Etchmiadzine depuis 1441, regroupe l'ancienne hiérarchie de Cilicie et dénonce la soviétisation de l'Arménie. Ainsi, sur les cent soixante-dix délégués devant élire Vazken Ier, seuls cent trente-sept sont présents, dont cent huit en provenance de l'Union soviétique. Lors de l'élection du catholicos d'Antélias en 1956, Vazken y est envoyé par les Soviétiques. Sa présence irrite tellement qu'il doit partir avant l'élection. La crise entre les deux catholicosats va durer dix ans. Les paroisses arméniennes des États-Unis, de Grèce, d'Iran et du Venezuela préféreront passer sous la juridiction d'Antélias. Vazken Ier, fin diplomate, entre au Conseil mondial des Églises en 1962 et soutient l'offensive de paix de Moscou. Si la situation de l'Église arménienne ne s'améliore pas en Arménie soviétique (90 paroisses en 1955 contre 1 500 avant 1920), les croyants ne sont pas victimes de la répression, ce qui est un cas presque unique en U.R.S.S. En effet, Vazken sait faire des concessions et il compose avec le pouvoir soviétique. Cela lui permet de rétablir en douceur les valeurs religieuses et nationales. Le modus vivendi qu'il instaure permet l'existence d'une relative liberté religieuse en Arménie soviétique. Ayant fait presque toute sa carrière sous le régime communiste, il accompagne les premiers pas de la nouvelle Arménie, indépendante depuis 1991. En juillet 1994, un décret présidentiel lui décerne le titre de héros national d'Arménie pour services rendus à la patrie et au peuple.

Souffrant d'une leucémie myéloblastique depuis 1978, il meurt le 18 août 1994. Il est enterré en grande pompe à Etchmiadzine en présence des présidents arménien et libanais, du patriarche de Géorgie, du métropolite russe et de l'archevêque catholique arménien.

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Écrit par :

  • : docteur en histoire du xxe siècle de l'Institut d'études politiques, Paris, journaliste, membre du comité de rédaction de la revue Confluences Méditerranée

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Christophe CHICLET, « VAZKEN Ier (1908-1994) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/vazken-ier/