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TROIS DISCOURS SUR LE POÈME DRAMATIQUE, Pierre Corneille Fiche de lecture

Pierre Corneille (1606-1684) est peut-être le premier, en France, à se distinguer clairement de l'auteur employé-au-texte comme de l'auteur chef de troupe : il devient en effet l'« auteur dramatique » et, pour ce faire, établit sa légitimité sur plusieurs fronts. Pour s'affranchir du pouvoir des comédiens, il publie de plus en plus rapidement ses textes de théâtre et ainsi, légalement, se les réapproprie. L'événement théâtral n'est plus la seule affaire des comédiens, et ne gît plus seulement dans le souvenir fugace des spectateurs. Le texte sans livre devient un livre à jouer, à lire et à interpréter. C'est d'abord dans cette optique qu'il faut voir ses trois Discours.

Corneille, retiré à Rouen à partir de 1652 – échec de Pertharite et Fronde aristocratique aidant –, traduit l'Imitation de Jésus-Christ et relit son théâtre pour le publier en un grand ensemble capable de résister au temps. Les préfaces écrites pour les éditions précédentes ne suffisent plus : il rédige donc un « examen » pour chaque pièce. Mais ce matériau a besoin d'être soutenu, sinon par une théorie, du moins par un discours d'escorte qui reprendrait en perspective le long trajet du déjà grand auteur. En outre, l'abbé d'Aubignac, piètre auteur dramatique mais homme de lettres fort influent, ex-protégé de Richelieu, académicien et adversaire de Corneille durant la querelle du Cid, a publié en 1657 la Pratique du théâtre, où il utilise les tragédies de l'auteur d'Horaceet de Cinnapour démontrer les beautés de la vraisemblance et promouvoir sa propre théorie dramatique. Partant de l'idée que seuls ceux qui ont du succès et qui ont su plaire possèdent l'autorité pour parler des règles du théâtre, les trois Discours sont une réponse hautaine, indépendante, approfondie (Corneille assure qu'ils lui ont coûté trois ans de travail) et originale à tous ces points, où l'auteur, sans prendre la peine de nommer ses contemporains, dialogue avec les seuls interlocuteurs possibles, Sophocle et Aristote.

Comme il est prévu que Le Théâtre de Pierre Corneille, revu et corrigé par l'auteur paraisse en trois volumes, il y aura trois discours. Le « Discours de l'utilité et des parties du poème dramatique » ouvrira le volume premier, consacré aux examens et aux huit premières pièces (de Mélite à L'Illusion comique) ; le « Discours de la tragédie et des moyens de la traiter selon le vraisemblable et le nécessaire » ouvrira le deuxième volume (Le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, Pompée, Théodore, Le Menteur et La Suite du « Menteur ») ; enfin, le « Discours des trois unités d'action, de jour et de lieu » inaugurera le dernier (Rodogune, Andromède, Don Sanche, Nicomède, Pertharite et Œdipe, qui est alors la toute dernière pièce de Corneille, présentée en 1658).

L'atelier de Corneille

Corneille parle, comme il le souligne, selon son « expérience du Théâtre, et [selon] les réflexions sur ce que j'ai vu y plaire, ou déplaire ». Plus exactement, nous voyons ici, selon l'expression de Georges Forestier, un Corneille « à l'œuvre » qui précise a posteriori les éléments théoriques et pratiques grâce auxquels il conçoit ses pièces. Il s'agit donc ici non point d'un traité, mais d'une suite de courts articles traitant de poétique, sans démonstration réglée, et qu'il faut aussi lire avec distance, tant Corneille sait ironiser, et se garder de quelques attaques.

Dans l'examen des règles qui régissent le poème dramatique, l'auteur reprend la Poétique d'Aristote, qu'il commente, complète, et contredit parfois ; dans le même temps, il s'oppose aux zélateurs d'Aristote, à tous ceux qui le révèrent pour se donner comme de grands théoriciens éclairés. Ainsi, il regarde d'un œil nouveau[...]

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Écrit par

  • : professeur d'histoire et d'esthétique du théâtre à l'université de Paris-X-Nanterre

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • CORNEILLE PIERRE

    • Écrit par Paul BÉNICHOU
    • 5 566 mots
    • 1 média
    ...aux préceptes des théoriciens. Un des plus en vue parmi ces théoriciens, l'abbé d'Aubignac, avait déjà publié, en 1657, sa Pratique du théâtre, quand Corneille fit paraître, en 1660, ses trois discours : De l'utilité et des parties du poème dramatique ; De la tragédie et des moyens de la traiter...

Voir aussi