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CORBIÈRE TRISTAN (1845-1875)

Tristan  Corbière est un poète lyrique et tragique de la seconde moitié du xixe siècle. Paul Verlaine l’a rendu célèbre dans son livre Les Poètes maudits (1884) : son corps maladif, ses amours malheureuses, sa malédiction d’auteur sans succès, son dandysmebohème, son anticonformisme, son absolue déréliction se lisent dans son nom dont il s’amusait : « Triste en corps bière ».

Son père, Jean-Antoine-René Corbière (1793-1875), connut une brillante carrière : il fut marin, journaliste pamphlétaire, auteur à succès (LeNégrier, 1832), directeur d’une compagnie maritime et président de la Chambre de commerce de Morlaix. En 1844, il épouse Marie-Angélique-Aspasie Puyo (1826-1891), morlaisienne. Édouard-Joachim Corbière naît le 18 juillet 1845 au manoir de Coat-Congar, près de Morlaix. Il est l’aîné des quatre enfants : Alexis-Edmond (1848), mort à cinq ans, Lucie (1850) et Edmond (1855).

Mis en pension en 1859, à Pâques, au lycée impérial de Saint-Brieuc en classe de quatrième, Tristan, qui connut une enfance douillette, souffre de la discipline rigoureuse et du manque d’affection. C’est un élève médiocre, sauf en français, en latin et en dessin. Les symptômes de rhumatisme articulaire apparaissent en même temps que ses premiers poèmes et caricatures. En août 1860, le pensionnaire, maladif et déprimé, quitte le lycée de Saint-Brieuc pour entrer, le 9 octobre, en seconde littéraire au lycée de Nantes en tant qu’externe ; il est accueilli chez son oncle, le docteur Jules Chenantais. En 1861, la maladie le contraint à interrompre ses études. En 1862, une crise de rhumatisme articulaire aiguë le rend presque infirme ; il séjourne à Cannes et à Luchon, avec sa mère, puis revient à Morlaix dans la nouvelle maison familiale, la « maison Bourboulon ». Il se lie d’amitié avec le poète et romancier breton Gabriel de La Landelle dont les poèmes réalistes sur les marins plaisent au futur poète de « Gens de mer » et d’ « Armor ». Il choisit de se prénommer « Tristan », écrit, dessine, lit les romantiques, fait des plaisanteries absurdes, se moque des bourgeois morlaisiens tandis que sa maladie s’aggrave.

L’été de 1863, sur les conseils du docteur Chenantais, Tristan s’installe dans la maison de vacances de ses parents à Roscoff. Il prend ses repas dans la pension Le Gad, rue du Port. Il aime les bateaux ; il fréquente les pêcheurs et un groupe de peintres parisiens. Sa maigreur est telle qu’on le surnomme « Ankou » (la mort, en breton).

Avec le peintre Jean-Louis Hamon, en décembre 1869, il part pour l’Italie, à Gênes, Naples, Castellammare di Stabia, Sorrente, puis Capri : à l’hôtel Pagano, il rencontre le peintre alsacien Jean Benner qui le caricature. Les six poèmes italiens (« Soneto a Napoli », etc.) de la section « Raccrocs » s’inspirent de ce séjour. Corbière et Hamon, auxquels s’ajoute le peintre Paul Chenavard, quittent Rome, le 17 avril 1870, pour Saint-Raphaël. Rentré à Morlaix en avril, Tristan fait scandale en s’exhibant à son balcon avec un camail et une mitre d’évêque, puis retourne à Roscoff.

Au printemps de 1871, à l’auberge Le Gad, Tristan rencontre le comte Rodolphe de Battine, blessé durant la guerre de 1870, qui lui inspire « La Pastorale de Conlie » ; ce dernier est accompagné d’Armida-Joséfina Cuchiani, actrice italienne de petits théâtres, surnommée « Herminie ». Tristan les promène dans son « cotre Le Négrier ». Le poète s’éprend de la belle actrice italienne qui, sous le nom de « Marcelle », va devenir la muse et la dédicataire des Amours jaunes. Au printemps 1872, pour la retrouver, Tristan s’installe dans une chambre de la Cité Gaillard à Montmartre, puis, grâce à la rente que lui verse sa mère, au 10 de la rue Frochot, dans le IXe arrondissement de Paris. Le bohème et [...]

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Écrit par

  • : professeur agrégé, docteur en littérature française, écrivain

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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