OTWAY THOMAS (1652-1685)

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Élevé à Winchester, puis à Christ Church (Oxford), Thomas Otway vint à Londres en 1671 pour y faire une carrière de comédien. Déçu par son maigre succès, il se mit à écrire des pièces sans désemparer. À vingt-trois ans, il fit jouer sa première tragédie, Alcibiades (1675), en vers rimés, tant il avait le souci d'un style classique. Ce fut un échec, mais la suivante, Don Carlos (1676) — sujet repris par Schiller —, fut un succès. La source en était le Don Carlos de l'abbé de Saint-Réal (mort en 1692), dont les livres d'histoire sentimentalisée jouissaient d'une grande faveur. C'est Betterton (1635-1710), comédien de haute réputation, qui tenait le rôle de Philippe II.

Otway fit ensuite une adaptation de la Bérénice de Racine, Titus and Berenice (1676), qu'il réduisit à trois actes, comme il en réduisit, hélas, la tension dramatique et la pathétique simplicité. Il est vrai que Racine n'a jamais été adaptable en anglais.

Il réussit mieux avec Les Fourberies de Scapin (The Cheats of Scapin, 1676), adaptées de Molière, qui fit une longue carrière. Ses comédies, toutefois, sont médiocres, telle Amitié à la mode (Friendship in Fashion, 1678), écrite alors qu'il s'était engagé, par dépit amoureux, à combattre en Flandre. Il s'était, en effet, épris de la belle comédienne, Mrs. Barry, qui préférait de plus profitables amours. Cette cruelle déconvenue semble avoir créé un terrain favorable pour sa comédie suivante La Fortune du soldat (The Soldier's Fortune, 1681), où les éléments autobiographiques sont discernables. Le soldat connaît l'amère déception d'être renvoyé sans sa paye, mais il doit souffrir aussi d'une cruelle déception amoureuse. La comédie tourne à la satire contre la société du temps.

Mais c'est par ses deux tragédies, L'Orpheline (The Orphan, 1680) et Venise sauvée (Venice preserved, 1682), qu'Otway mérite la place qui lui est faite à côté des plus grands. L'Orpheline est une tragédie « racinienne », déclare le critique Bonamy Dobrée (Restoration Tragedy), par l'accent de sincérité des personnages dont la sensibilité rehausse l'impact tragique. Cette malheureuse histoire, aux péripéties invraisemblables, fait périr Monimia, son héroïne, tendrement aimée par deux frères jumeaux, avec des accents dignes des grandes dames de la tragédie jacobéenne. L'Orpheline connut un triomphe.

Venise sauvée est, par excellence, la tragédie non de l'amour déçu, mais de l'amitié trahie. L'histoire est encore tirée d'un ouvrage de l'abbé de Saint-Réal, Conjuration des Espagnols contre la République de Venise (1618). Deux amis, Pierre et Jaffier, fomentent une conspiration contre le Sénat de Venise, symbole écœurant de la corruption générale. Les conjurés menacent de tout égorger. Mais Jaffier est marié à Belvidera, la fille d'un sénateur qu'il a juré de poignarder. On voit la situation cornélienne : l'amour, la vertu, la loyauté s'affrontent en un impitoyable conflit. Belvidera réussit à persuader Jaffier de livrer au Sénat le secret de la conjuration. Voici ce vertueux conspirateur traître à la cause, à son ami, à lui-même. Méprisable, méprisé et pourtant de haute tenue morale, Jaffier, pour épargner à son ami Pierre le supplice de la roue, le poignarde sur l'échafaud et se fait justice. Les deux amis ont renoué leur amitié perdue au seuil de la mort, tandis que Belvidera, comme Ophélie, trouve un asile touchant dans la folie. C'est une belle tragédie. Si les situations sont parfois forcées, les tirades un peu longues et grandiloquentes, la pièce reste émouvante par la sincérité des élans affectifs. Elle repose sur l'amitié qui lie Pierre et Jaffier ; amitié qui ne souffre aucune ambiguïté, mais est contrariée par l'amour et les engagements politiques. L'époque n'est pas si éloignée qui a connu des situations identiques. Venise sauvée a mainte résonance moderne.

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  • : doyen honoraire de la faculté des lettres et sciences humaines d'Aix-en-Provence

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Pour citer l’article

Henri FLUCHÈRE, « OTWAY THOMAS - (1652-1685) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/thomas-otway/