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TEMPS ET RÉCIT, Paul Ricœur Fiche de lecture

Temps et Récit (1983-1985) est une monumentale enquête consacrée à la théorie littéraire par le philosophe Paul Ricœur (1913-2005), l'un des introducteurs de la phénoménologie en France, et surtout le promoteur d'une herméneutique. Elle a été conçue en parallèle à La Métaphore vive (1975) : après l'étude de l'invention poétique, vient celle de l'invention narrative. Dans les deux cas est mise en évidence une « fonction référentielle » que l'analyse formaliste n'a que trop tendance à occulter. Le « voir-comme » de la métaphore serait « le révélateur d'un „être-comme“ au niveau ontologique le plus radical ». La fonction mimétique dont Aristote fait l'essence du récit (identifié par lui à l'épopée), « mimésis d'une action », est conçue au départ comme une « application particulière » de ce que Ricœur appelle référence métaphorique, « configuration » ou re-figuration de l'existant dans l'œuvre d'art.

Histoire et fiction

Dans une première partie de l'enquête, Ricœur met entre parenthèses la question de la fiction : il ne s'agit pas ici de la prétention de vérité qui distingue les mémoires du roman, par exemple, mais d'un niveau de référentialité plus profond, commun aux deux formes de récit, historiographique ou romanesque : le rapport au temps. La thèse majeure est en effet que « le temps devient temps humain [temporalité] dans la mesure où il est articulé sur un mode narratif, et que le récit atteint sa signification plénière quand il devient une condition de l'existence temporelle ». La démonstration passe par deux voies parallèles : une réflexion sur la nature du temps, empruntée à Augustin (Confessions, livre XI) ; une théorie de l'intrigue (la mise en récit dans la fiction), qui, elle, prend appui sur la Poétique d'Aristote. Elle implique aussi que l'histoire, en tant que discipline scientifique, ne peut se soustraire au récit (ou, pour le dire autrement, que « l'explication » historique ne va pas sans « compréhension »). D'où, dans la seconde partie du premier volume (1983), le détour par une discussion approfondie des épistémologies « nomologique » et « narrativiste » en histoire.

Le deuxième volume est entièrement consacré à La Configuration du temps dans le récit de fiction (1984). Il reprend donc l'examen de la théorie aristotélicienne en l'élargissant au roman, comme l'ont fait les modernes théoriciens de la narratologie. Si Ricœur admet la possibilité d'une lecture achronique (logique, sémiotique), supposant un niveau autonome d'analyse des textes, il n'en soutient pas moins que ceux-ci ne sauraient prendre sens que par le jeu entre un temps « agi et vécu » et un « temps de la lecture ». L'étude, en particulier, des œuvres de Virginia Woolf (Mrs. Dalloway), Thomas Mann (La Montagne magique) et Marcel Proust (À la Recherche du temps perdu) montre combien ce que Ricœur appelle « l'expérience temporelle fictive » est « riche en informations sur le temps ».

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François TRÉMOLIÈRES. TEMPS ET RÉCIT, Paul Ricœur - Fiche de lecture [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

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