CRANE STEPHEN (1871-1900)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le message

La littérature du taudis était à la mode lorsque Crane publia Maggie et George's Mother (La Mère de George), mais il rejeta le sentimentalisme, le culte du pittoresque et celui de la statistique. À ses yeux, la misère mettait en jeu des responsabilités individuelles et collectives, résultait de forces économiques, mais aussi de l'hypocrisie sociale et religieuse et de l'aveuglement romantique des âmes faibles. Conscient de l'universalité de la violence, il condamna ce qui était pour lui le péché impardonnable, l'indifférence, et souligna l'action destructrice du conformisme dans les ostracismes provinciaux.

Dénonçant l'imposture des représentations chevaleresques de la guerre, et estompant panache et couleurs romantiques dans la grisaille de ses descriptions, il fit œuvre de novateur en accordant toute son attention au soldat anonyme. La bataille apparaissait à cet écrivain non point comme la fête suprême, mais comme l'épreuve existentielle du courage, comme la vérification de l'insensibilité au sein du délire cosmique. Il analysa le désarroi du civil en uniforme, les problèmes de la responsabilité des chefs, et présenta avec réalisme les souffrances physiques et psychiques nées des conflits armés. Son imagination et son expérience lui révélèrent l'absurdité de la violence, et il ouvrit ainsi la voie conduisant à la vision impitoyable de Joseph Heller dans Catch 22.

Attiré invinciblement par l'aventure, il lui arracha, dans ses récits de l'Ouest, son masque trompeur d'héroïsme clinquant. Son œuvre la plus remarquable et la plus équilibrée, la nouvelle The Open Boat, exaltait la fraternité humaine, soulignait en une vaste parabole la valeur de l'effort collectif, le rôle purificateur de l'expérience, mais aussi l'action arbitraire des forces mystérieuses de la nature.

Prisonnier d'une conception abstraite du réel, où l'impressionnisme de chaque scène individuelle était noyé dans l'architecture stylisée de l'ensemble d'une œuvre, il traduisit, avec un tempérament d'ironiste, une vision fortement marquée d'idéalisme. Le monde ne cessa jamais de lui apparaître avec les formes et les couleurs des paysages bibliques, et sa prose conserva toujours les cadences des hymnes de son enfance méthodiste.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages


Écrit par :

Classification

Autres références

«  CRANE STEPHEN (1871-1900)  » est également traité dans :

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Arts et culture) - La littérature

  • Écrit par 
  • Marc CHÉNETIER, 
  • Rachel ERTEL, 
  • Yves-Charles GRANDJEAT, 
  • Jean-Pierre MARTIN, 
  • Pierre-Yves PÉTILLON, 
  • Bernard POLI, 
  • Claudine RAYNAUD, 
  • Jacques ROUBAUD
  •  • 40 208 mots
  •  • 24 médias

Dans le chapitre « Le naturalisme tourmenté des écrivains irlandais »  : […] Parmi les auteurs irlandais de la fin du xix e  siècle, J. W. Sullivan, dans ses Tenement Tales (1895), malgré le caractère parfois mélodramatique de certains de ses contes, parvient à capter les déchirements et les frustrations des immigrés qui, pour échapper à leur condition, ne trouvent parfois d'autres issues que les bas-fonds et la criminalité. Si les Vignettes of Manhattan de Brander Matt […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean CAZEMAJOU, « CRANE STEPHEN - (1871-1900) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/stephen-crane/