Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

LEM STANISLAS (1921-2006)

Né le 12 septembre 1921 à Lwów (alors en Pologne, aujourd'hui Lvív en Ukraine), mort le 27 mars 2006 à Cracovie, Stanislaw Lem est considéré comme l'un des grands visionnaires de la littérature de science-fiction. Issu d'une génération qui entra dans la vie adulte avec la Seconde Guerre mondiale, il revendiqua une haine profonde de la guerre et des totalitarismes. À Lwów, il connut d'abord l'occupation soviétique, puis nazie. Après la guerre, il s'installa à Cracovie où il vécut toute sa vie, à l'exception d'un séjour de quelques années à Berlin-Ouest et à Vienne dans les années 1980. Il fit des études de médecine, mais s'intéressa très vite à la complexité de l'univers et à ses fondements scientifiques.

La rencontre avec l'autre

Un premier roman réaliste, L'Hôpital des transfigurés, écrit en 1948, fut l'objet des ingérences de la censure. Ce qui conduisit Lem à se tourner, à partir d'Astronautes (1951), qui décrit une expédition sur Vénus, vers le genre de la science-fiction, qui autorise une plus grande liberté.

Dès ses débuts, Lem déploie deux types d'écriture : le roman de science-fiction et l'essai de philosophie des sciences. Dans ce second volet de son œuvre, Les Dialogues (1957) et Summa technologiae (1964) offrent des réflexions sur l'avenir des sciences et des techniques. La Philosophie du hasard (1968) s'articule autour du rôle du hasard dans les domaines de la physique, de la cosmologie, de la génétique et des théories de la culture. Le Fantastique et la futurologie (1970) est consacré à la théorie et à l'histoire de la science-fiction. Les questions posées dans les essais sont d'ordre philosophique, alors que les romans s'aventurent sur un terrain interdit aux sciences exactes. L'écrivain fantastique se situe dans un monde régi par les conventions mais aussi par les passions, voire les superstitions humaines.

Ses premiers romans (L'Homme de Mars, les Astronautes, Le Nuage de Magellan) comme ses œuvres de la maturité, L'Eden (1959), L'Invincible (1964), Solaris (1961) et Fiasco (1987), traitent de la rencontre avec l'Autre. Lem est passé maître dans la construction d'une altérité vraisemblable, et son Autre, qu'il s'agisse du nuage d'« insectes » mécaniques dans L'Invincible (1964) ou de l'océan plasmatique dans Solaris, ne ressemble en rien à l'homme.

Solaris, son roman le plus connu, est considéré comme l'un des textes fondateurs de la science-fiction moderne et a été porté à deux reprises à l'écran, par Andrei Tarkovski en 1972 et par Steven Soderbergh en 2002. Les personnages principaux sont confrontés à des créatures générées par un océan, en apparence en quête d'un contact avec les hommes. Mais, conçues comme des copies des êtres vivants, elles renvoient aux cosmonautes le traumatisme de leurs visions et de leurs souvenirs. Au lieu de faire connaissance avec l'Étrangeté, les envoyés de la Terre se voient ainsi plongés, sous l'influence des Invités, dans des tragédies purement humaines, à mesure que l'entente avec l'Autre se change en illusion. On retrouve cette même trame dans ses autres romans jusqu'à Fiasco (1987), dernière œuvre de Lem, où les hommes préfèrent détruire une planète étrangère plutôt que de nouer avec ses habitants un dialogue réel.

L'action du roman-essai La Voix du maître (1968) s'articule autour des multiples tentatives menées par les hommes pour déchiffrer des voix venues du Cosmos. L'auteur pose ainsi la question du rôle du hasard dans notre existence. Les romans apparemment policiers, comme Enquête (1959) et Rhume (1976) ou Mémoires trouvées dans une baignoire (1961), sorte de parabole politique et philosophique, s'interrogent sur l'univers envisagé comme un[...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : professeur à la faculté d'études polonaises à l'université Jagellone de Cracovie, vice-doyen de la faculté

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • POLOGNE

    • Écrit par Jean BOURRILLY, Universalis, Georges LANGROD, Michel LARAN, Marie-Claude MAUREL, Georges MOND, Jean-Yves POTEL, Hélène WLODARCZYK
    • 44 233 mots
    • 27 médias
    ...Julian Stryjkowski (1905-1996), communiste, est un des rares écrivains autorisés à faire revivre les Juifs polonais d'avant la Shoah. À l'inverse, Stanisław Lem (1921-2006) a trouvé refuge dans le futur : il est un maître mondial de la science-fiction qui se distingue par une ironie subtile. Esprit...

Voir aussi