GAINSBOURG SERGE (1928-1991)

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« J'ai du succès mais pas en tant qu'auteur, chanteur, acteur. Uniquement parce que je suis un personnage. Celui qui me voit une fois ne m'oublie pas. » (Serge Gainsbourg en 1965). De Gainsbourg à Gainsbarre, cet auteur, compositeur, interprète et provocateur aura parcouru toutes les modes et tous les styles musicaux, du jazz au rap, en passant par la pop, le rock – progressif et psychédélique –, le funk, les musiques afro-cubaines, le reggae...

« L'Homme à tête de chou »

Le succès n'est pas venu tout de suite pour Serge Gainsbourg, promu vedette de la chanson en 1958, à trente ans, avec Le Poinçonneur des Lilas (grand prix de l'Académie Charles-Cros). L'enfance de Lucien Ginsburg – né dans le ixe arrondissement de Paris le 2 avril 1928 – a été celle d'un fils de juifs émigrés russes. Il croise Fréhel, passe par le lycée Condorcet et, avec ses parents, émigre à Limoges pendant l'Occupation. Plus tard, il suit les cours des Beaux-Arts, travaille aux côtés d'André Lhote et de Fernand Léger, mais comprend que ses toiles ne le feront jamais vivre ; il ne reniera cependant jamais la peinture, sa première vocation. Il obtient par son père une place au cabaret Milord l'Arsouille, où il accompagne Michèle Arnaud (« Elle a été une des chances de ma vie, elle a eu l'intelligence de percevoir en moi un style nouveau. ») et interprète les standards du jazz. Cette vie nocturne d'artiste bohème rive gauche – on pense un peu à Boris Vian, qui d'ailleurs l'apprécie –, il ne s'en défera jamais complètement : c'est rue de Verneuil qu'il choisira d'habiter quand, fortune faite, il emménagera dans une maison du faubourg Saint-Germain, dans laquelle il mourra le 2 mars 1991.

De 1959 à 1963, les premiers 33-tours de Serge Gainsbourg révèlent un auteur-compositeur-interprète de chansons « à texte », assez original pour se démarquer des célébrités du moment (Montand, Bécaud, Brassens...). Une voix chargée de gravité douce, un art de la formule et un regard lucide qui excellent à arracher au monde ses brefs instants de poésie, avec une forme amusée de nostalgie un peu lasse : autant de traits communs aux Goémons, à L'Eau à la bouche, à La Chanson de Prévert, Black Trombone, La Javanaise... Ces premières années de l'« étonnant Serge Gainsbourg », pendant lesquelles il fut aussi acteur de cinéma, furent suivies de celles où prit corps l'« effet Gainsbourg », manifesté par un goût frénétique pour les sons et rythmes du monde entier (ballades, jazz, rock, pop, funky un peu plus tard) et pour les textes que traversent le paradoxe, le calembour et l'à-peu-près, l'allitération ou l'onomatopée, voire la bizarrerie prosodique. Si l'on ajoute que cette écriture se nourrit d'abord de motifs érotiques, de flashes sonores et visuels, on comprend que Gainsbourg se soit très lucidement engagé dans l'univers de la pulsion – sans concession au lyrisme ni à l'intellectualisme – et qu'il a fait de cette quête l'alpha et l'oméga de sa démarche. Ses chansons d'alors, jusqu'à l'album L'Homme à tête de chou (1976), les siennes ou celles qu'il écrit pour d'autres (Poupée de cire, poupée de son, qui vaudra le prix Eurovision à France Gall, Initials B.B. pour Brigitte Bardot, Bonnie and Clyde, Je t'aime, moi non plus interprétée avec Jane Birkin, L'Anamour...) se réfléchissent dans de multiples figures féminines, sex-symbols dont il fut parfois le thaumaturge et qu'un fort exhibitionnisme l'amena à rendre publiques par des photos, des interviews, des films, etc.

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Pour citer l’article

Michel P. SCHMITT, « GAINSBOURG SERGE - (1928-1991) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/serge-gainsbourg/