LIGURIE SÉISME DE (1887)

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Le matin du 23 février 1887, à 5 heures, un tremblement de terre détruisit le village de Bussana, en Italie, et des dégâts importants se produisirent sur plus de 100 kilomètres de côte, en particulier à Imperia, Menton et Nice. Plus de trois cents villages furent sérieusement affectés par les secousses. On recensa plus de six cents morts et de très nombreux blessés, principalement dus à l'écroulement de bâtiments. Le séisme fut ressenti dans un large périmètre : en Suisse, en Autriche, en Sardaigne et dans les Pyrénées. Ce séisme fut suivi d’un tsunami, observé en différents endroits de la côte et mesuré par les deux marégraphes en activité à l'époque dans les ports de Nice et de Gênes. Les run-ups (terme anglais désignant les vagues d'inondation) atteignirent un maximum de 2 mètres, ce qui en fait le tsunami le plus important dont nous ayons connaissance dans le nord-ouest de la Méditerranée.

Séisme de la côte ligure en 1887 : Menton

Photographie : Séisme de la côte ligure en 1887 : Menton

Destructions occasionnées par le séisme du 23 février 1887 sur le littoral ligure :  ici à la villa Cipolini à Menton (France). 

Crédits : Arthur Gesquin

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Séisme de la côte ligure en 1887 : Diano Marina

Photographie : Séisme de la côte ligure en 1887 : Diano Marina

Destructions occasionnées par le séisme du 23 février 1887 sur le littoral ligure : ici dans le centre de Diano Marina (Italie). 

Crédits : Arthur Gesquin

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Ce séisme est emblématique car c'est le plus fort connu dans la région. De plus, il s'est produit dans une région où les forts séismes sont rares à l'échelle de temps humaine. En effet, si la jonction entre les Alpes et la Méditerranée est une des régions les plus sismiques de l'ouest de l'Europe, la sismicité actuellement enregistrée est modérée, rarement supérieur à 4, mais quelques séismes exceptionnellement forts sont connus dans la période historique. Une des questions qui se pose alors est le niveau de magnitude que pourrait atteindre le prochain fort séisme et le niveau du risque affectant cette région.

En l'absence d'enregistrement sismologique (les réseaux de sismomètres ne se développeront qu'au xxe siècle), nous avons utilisé l'ensemble des données disponibles (les intensités macrosismiques, les failles actives récemment reconnues dans la région, ce que le marégraphe a enregistré à Gênes pendant le tsunami et la distribution des run-ups sur la côte) afin de déterminer la magnitude du séisme et le type de mouvement sur la faille activée.

Les données macrosismiques, qui témoignent des mouvements du sol produits par le séisme, permettent de localiser la zone épicentrale en mer à environ 20 kilomètres au sud d'Imperia, pour un foyer situé de 10 à 20 kilomètres de profondeur avec une magnitude de 6,5 à 7,2, bien supérieure aux valeurs proposées antérieurement et à ce qui pouvait être envisagé dans une région tectoniquement peu active. L'épicentre est en correspondance avec le fonctionnement de la faille nord ligure, une structure active majeure qui vient d'être mise en évidence lors d'une récente campagne de géophysique marine. À partir de cette hypothèse, plusieurs scénarios sismiques – faisant varier la dimension de la faille, son inclinaison ainsi que sa direction et la quantité de glissement sur le plan de faille – pour reconstituer l'événement ligure de 1887 ont été construits (C. Larroque, O. Scotti et I. Loualalen, « Reappraisal of the 1887 Ligurian earthquake [western Mediterranean] from macroseismicity, active tectonics and tsunami modeling », in Geophysical Journal International, no 190, pp. 87-104, 2012).

Les résultats montrent que, dans le contexte bathymétrique de la côte ligure, si le séisme a lieu sur une faille dont la surface a moins de 300 kilomètres carrés et qui glisse de moins de 80 centimètres (ces valeurs correspondent à une magnitude de 6,5), il ne génère pas de tsunami. En fonction des incertitudes sur le marégramme enregistré en 1887 (amplitude maximum de 10 ou de 20 cm), le glissement co-sismique sur le plan de faille doit atteindre de 130 à 150 centimètres pour une surface d'environ 600 kilomètres carrés, ce qui correspond à un séisme de magnitude 6,7 ou 6,9.

L'analyse des premières vagues du tsunami sur le marégramme de Gênes et la comparaison avec les marégrammes calculés par le modèle et la distribution des run-ups permettent de déterminer le sens du mouvement sur le plan de faille, sa direction et son inclinaison. Parmi l'ensemble des modélisations effectuées, la meilleure hypothèse est obtenue pour un foyer à 15 kilomètres de profondeur, un plan de faille de direction N550E, de 35 kilomètres de longueur et de 17 kilomètres de largeur, faiblement inclinée vers le nord (environ 200 de pendage) et présentant un mouvement inverse (soulèvement du compartiment nord).

En profondeur, dans la croûte terrestre, [...]

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Séisme de la côte ligure en 1887 : Menton

Séisme de la côte ligure en 1887 : Menton
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Séisme de la côte ligure en 1887 : Diano Marina

Séisme de la côte ligure en 1887 : Diano Marina
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  • : docteur habilité à diriger des recherches en sciences de la Terre, maître de conférences

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Christophe LARROQUE, « LIGURIE SÉISME DE (1887) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/seisme-de-ligurie/