MAC BRIDE SEAN (1904-1988)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

De sa naissance à Paris le 26 janvier 1904 et de ses études au collège Saint-Louis-de-Gonzague, l'Irlandais Sean Mac Bride avait gardé un accent français qui égayait fort ses compatriotes. Il palliait cet exotisme par un nationalisme farouche hérité du milieu familial : sa mère, la belle et impétueuse Maud Gonne, était l'égérie de l'Irlande rebelle et l'inspiratrice du chantre de la renaissance littéraire irlandaise, le Prix Nobel William Butler Yeats ; son père, après s'être battu contre les Anglais au Transvaal pendant la guerre des Boers, avait été condamné à mort et fusillé pour la part qu'il avait prise au soulèvement d'avril 1916 à Dublin. Semblable hérédité commandait au jeune Sean Mac Bride de rejoindre les rangs de l'I.R.A. au plus fort des combats de la guerre d'indépendance anglo-irlandaise de 1919-1921. Toutefois, le jeune homme fut de ceux qui condamnèrent le traité du 6 décembre 1921. Pendant la guerre civile de 1922-1923, il rejoignit les soldats de l'ombre qui tentaient vainement de renverser l'État libre d'Irlande. Gravissant tous les échelons de l'I.R.A. et lui restant fidèle nonobstant le ralliement d'Eamon De Valera aux méthodes constitutionnelles, il exerça un temps les fonctions suprêmes de chef d'état-major de l'organisation clandestine avec laquelle il ne rompit définitivement qu'en 1936. L'année suivante, il s'inscrivit au barreau et entama une fulgurante carrière d'avocat politique, de défenseur des détenus républicains et de champion des droits de l'homme.

L'après-guerre ayant vu pâlir l'étoile d'Eamon De Valera, Sean Mac Bride fonda un nouveau parti, le Clann na Poblachta (les Enfants de la République) qui attira à lui des idéalistes déçus par les formations traditionnelles. En 1948, un cartel des non à De Valera ayant triomphé, un gouvernement de coalition fut constitué auquel participait le Clann na Poblachta, Sean Mac Bride héritant pour sa part du ministère des Affaires étrangères. Il multiplia les initiatives sans toujours parvenir à ses fins. Certes, les derniers détenus républicains furent élargis et la république d'Irlande officiellement proclamée le jour de Pâques 1949, mais la « campagne antipartition » se solda par un échec prévisible qui ne contribua pas peu à geler la situation en Irlande du Nord. Certes, l'Irlande déclina l'invitation à se joindre à l'O.T.A.N., non comme on l'a dit par idéologie ou souci de défendre une conception dogmatique de la neutralité, mais uniquement pour n'avoir pas à reconnaître officiellement la frontière entre les deux Irlandes. Au vrai, Dublin était si peu hostile à l'esprit du traité qu'un accord militaire bilatéral avec les États-Unis semble bien avoir été envisagé puis abandonné, Washington n'en ayant cure. C'est sur le terrain de l'unité européenne et des droits de l'homme que Sean Mac Bride cueillit ses plus beaux lauriers en contribuant notamment à promouvoir l'O.E.C.E. en avril 1948, le Conseil de l'Europe en mai 1949, la convention de Genève pour la protection des victimes de guerre en août 1949 et la Convention européenne sur les droits de l'homme de novembre 1950 à la rédaction de laquelle il prit une part personnelle importante. En politique intérieure, il fut moins heureux. Ainsi n'hésita-t-il point à désavouer le ministre de la Santé, membre de son parti, qui avait encouru les foudres de l'Église pour avoir élaboré un projet d'assistance sociale à la mère et à l'enfant.

Son attitude fut pour beaucoup dans la chute du cabinet, la désintégration du Clann na Poblachta et le déclin de sa popularité personnelle : en 1957, 1959 et 1961, Mac Bride essuya trois défaites électorales cuisantes qui l'incitèrent à prendre définitivement congé de la politique irlandaise.

Élargissant son horizon, le nationaliste impénitent se mua en internationaliste militant sans renoncer le moins du monde à ses anciennes ferveurs mobilisées au service de ses nouveaux engagements. Commis voyageur des droits de l'homme, champion du Tiers Monde, pèlerin du désarmement, Sean Mac Bride se mit à cumuler titres et fonctions : cofondateur et président international d'Amnesty International (1961-1974) ; secrétaire général de la Commission internationale des juristes (1963-1971) ; président de l'International Peace Bureau de Genève et du Comité spécial des organisations internationales non gouvernementales sur les droits de l'homme, dont il prit la direction du Comité sur le désarmement ; vice-président du Congress of World Peace Forces (Moscou, 1973) et de la World Federation of United Nations Associations ; commissaire pour la Namibie avec rang de secrétaire général adjoint de l'O.N.U. (1973-1976) ; président de la commission de l'U.N.E.S.C.O. sur les problèmes de communication (1977-1980)...

Ces missions internationales lui valurent d'éminentes marques d'estime : corécipiendaire du prix Nobel de la paix avec le Premier ministre japonais Eisaku Sato en 1974, Sean Mac Bride se vit décerner le prix Lénine de la paix en 1977 et l'American Medal of Justice l'année suivante. Cet homme hors du commun exhibait néanmoins les défauts de ses qualités. Habile à faire éclater son indignation sur la place publique, à pourfendre l'injustice par l'écrit et le discours, à mobiliser l'opinion publique et les médias, il n'avait ni le goût ni la patience d'aménager les compromis nécessaires. Prophète plus que diplomate, il avait choisi d'être une conscience aux aguets plus qu'un arbitre pacificateur. D'un grand parti pris dès lors qu'il s'agissait de ses bêtes noires – l'Amérique de Reagan, la Trilatérale, l'O.T.A.N., l'impérialisme britannique, l'Afrique du Sud, le Marché commun –, il était en définitive plus respecté qu'écouté. Il est mort le 15 janvier 1988 à Dublin.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

  • : historien, docteur en droit, docteur honoris causa de la National University of Ireland et de l'université d'Ulster (Royaume-Uni)

Classification

Autres références

«  MAC BRIDE SEAN (1904-1988)  » est également traité dans :

BENENSON PETER (1921-2005)

  • Écrit par 
  • Michel TAUBE
  •  • 858 mots

L'histoire retiendra certainement que Peter Benenson fut, à quarante ans, le père fondateur d'Amnesty International, son inspirateur et sa conscience. Mais l'on sait moins qu'il consacra toute sa vie aux droits humains. Petit-fils d'un banquier juif russe émigré, il naquit à Londres le 31 juillet 1921. Orphelin à neuf ans d'un père qu'il adorait, il est élevé par une mère qui le délaisse. À quinz […] Lire la suite

IRLANDE RÉPUBLIQUE D' (EIRE)

  • Écrit par 
  • Brigitte DUMORTIER, 
  • Pierre JOANNON
  • , Universalis
  •  • 10 110 mots
  •  • 16 médias

Dans le chapitre « De l'Eire à la république d'Irlande »  : […] À peine installé au pouvoir, De Valera abroge les derniers liens constitutionnels qui unissaient l'Irlande à l'empire : le serment d'allégeance est supprimé, le gouverneur général neutralisé, le droit de veto du roi abrogé, l'appel au Conseil privé britannique abandonné, la citoyenneté impériale répudiée. En 1936, l'Executive Authority (External Relations) Act va beaucoup plus loin : sous prétext […] Lire la suite

Pour citer l’article

Pierre JOANNON, « MAC BRIDE SEAN - (1904-1988) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sean-mac-bride/