BENENSON PETER (1921-2005)

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L'histoire retiendra certainement que Peter Benenson fut, à quarante ans, le père fondateur d'Amnesty International, son inspirateur et sa conscience. Mais l'on sait moins qu'il consacra toute sa vie aux droits humains. Petit-fils d'un banquier juif russe émigré, il naquit à Londres le 31 juillet 1921. Orphelin à neuf ans d'un père qu'il adorait, il est élevé par une mère qui le délaisse. À quinze ans, il se convertit au catholicisme. À seize ans, il lance une première campagne pour le soutien aux républicains espagnols et aux orphelins de la guerre d'Espagne, « adoptant » lui-même un de ces enfants. Il récolte ensuite assez d'argent auprès de ses camarades de classe et de leurs familles pour faire venir en Grande-Bretagne deux jeunes juifs allemands fuyant le nazisme.

Plus tard, travaillant notamment au service de presse de l'armée pendant la guerre, il devient avocat, spécialiste du droit international. À ce titre, il s'implique, durant les années 1950, dans diverses causes, contre le franquisme espagnol, mais aussi en Hongrie, en Afrique du Sud, contre la domination britannique sur Chypre... Homme de gauche, il défend de nombreux syndicalistes. En Espagne, il obtient la libération d'un détenu politique en faisant harceler le tribunal de pétitions et d'interventions de consuls et de religieux. Il crée rapidement Justice, une organisation juridique de défense des droits civils basée au Royaume-Uni, véritable prélude d'Amnesty International.

Lorsque, aujourd'hui, des millions de défenseurs des droits humains écrivent une lettre au ministre de la Justice d'un État répressif pour lui demander la révision du procès ou la libération d'un prisonnier politique, ils le doivent – telle est la version la plus répandue de la genèse d'Amnesty – à cette étincelle qui déclencha, le 19 novembre 1960, l'initiative de Peter Benenson : la lecture d'une dépêche relatant l'arrestation et la condamnation à sept ans d'emprisonnement de deux étudiants portugais par le régime de Salazar. Leur crime ? Avoir porté un toast à la liberté. On raconte que, après avoir médité dans l'église Saint-Martin-in-the-Fields de Londres, lui vint l'idée d'une Année mondiale des prisonniers politiques.Dans un article intitulé « Les Prisonniers oubliés », publié le 28 mai 1961 dans le journal The Observer et immédiatement repris par de nombreux titres dont Le Monde, l'avocat lança son fameux appel : « Il ne se passe pas un jour sans que, en ouvrant son journal, on apprenne qu'un homme, quelque part dans le monde, a été jeté en prison, torturé ou exécuté parce que ses opinions ou sa religion déplaisaient à son gouvernement. [...] Si tous ceux qui sentent monter en eux l'indignation devant de telles nouvelles pouvaient se donner la main à travers le monde pour entreprendre une action commune, il serait possible sans doute d'obtenir un résultat positif. ». Rapidement, l'application opératoire de cet appel se révéla aussi simple que géniale : la création de groupes de citoyens qui adopteraient des « prisonniers d'opinion » et bombarderaient les gouvernements de lettres de protestations. Amnesty International était né...

La publication de cet appel, lancé d'abord pour six prisonniers pour délit d'opinion, fut immédiatement suivie de milliers de lettres et de dons. Grâce à ses confrères avocats et journalistes, au carnet d'adresses et au rayonnement de Sean MacBride, ancien ministre des Affaires étrangères de la république d'Irlande, et cofondateur d'Amnesty, l'organisation se structura rapidement à l'échelle internationale et prit son envol.

La vie de Peter Benenson n'épouse complètement celle d'Amnesty que dans ses premières années. Rapidement, dès 1967, il est écarté de la direction politique d'Amnesty, en raison notamment de divergence de vues avec Sean MacBride. Modeste, il refuse tous les honneurs et ne se met jamais en avant pour recevoir les remerciements adressés à Amnesty International, dont la bougie entourée d'un fil de fer barbelé est le symbole.

Par la suite, Peter Benenson fonde une association pour les personnes atteintes de maladie cœliaque, dont lui-même souffre. Dans les années 1980, il devient, lui l'homme de foi, le président d'une nouvelle association, Action des chrétiens pour l'abolition de la torture, l'A.C.A.T., et au début des années 1990, il contribue à la mise en place d'un mécanisme d'aide en faveur des orphelins de Roumanie.

Resté fidèle à ses idées tout au long de sa vie, Peter Benenson décède le 25 février 2005, à l'âge de quatre-vingt-trois ans. Il laisse derrière lui un monde transformé par les manifestations et pétitions dont il s'est fait le champion et qui contribuèrent fortement à l'émergence de ce nouvel acteur des relations internationales, la « société civile ».

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  • : président-fondateur d'Ensemble contre la peine de mort, éditeur, écrivain

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Créé en 1961, à l'inspiration de Peter Benenson, avocat britannique, Amnesty International est une organisation internationale non gouvernementale. Cette organisation, dont le siège est à Londres, œuvre en faveur des personnes emprisonnées pour des « raisons de conscience », hommes ou femmes auxquels leurs croyances, leur origine ethnique ou leur appartenance religieuse ou politique valent de se […] Lire la suite

Pour citer l’article

Michel TAUBE, « BENENSON PETER - (1921-2005) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/peter-benenson/