SAPPORO (JEUX OLYMPIQUES DE) [1972]Contexte, organisation, bilan

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Quand le C.I.O. tient sa soixante-quatrième session, du 24 au 28 avril 1966 à Rome, tous les membres conviennent que les Jeux de T̄okȳo, en 1964, furent un réel succès sur le plan de l'organisation. De ce fait, la candidature de Sapporo pour les Jeux d'hiver de 1972 est examinée avec une grande attention et un préjugé favorable, d'autant que ce choix permettrait sans doute de donner une nouvelle impulsion aux sports d'hiver au pays du Soleil levant. Le 25 avril, dès le premier tour de scrutin, cette métropole d'un million d'habitants située sur l'île d'Hokkaid̄o, dans le nord du Japon, au pied des monts Eniwa et Teine, est élue, avec trente-deux voix, contre seize pour Banff (Canada), sept pour Lahti (Finlande), sept également pour Salt Lake City (États-Unis).

Affiche des jeux Olympiques de Sapporo (1972)

Photographie : Affiche des jeux Olympiques de Sapporo (1972)

Plusieurs affiches furent réalisées à l'occasion des Jeux d'hiver de Sapporo, en 1972. L'emblème, dessiné par le designer Kazumasa Nagai, combine le Soleil levant, le flocon de neige et les anneaux olympiques. 

Crédits : IOC /Olympic Museum Collections

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Dès la fin du mois de juillet 1966, le comité d'organisation se met en place et Kogoro Uemura est nommé président de cette structure. Il s'agit dès lors de choisir les différents sites des compétitions et de s'atteler à la construction des infrastructures sportives, tout ou presque étant à faire. Au sud de la ville, le parc de Makomanai est édifié sur un terrain de 82 hectares : le village olympique est implanté à cet endroit, où sont également construits un anneau de glace en plein air (cinquante mille places) pour les compétitions de patinage de vitesse et une patinoire couverte (douze milles places) destinée à certaines épreuves de patinage artistique et à plusieurs matchs de hockey sur glace. C'est aussi dans le parc de Makomanai que se déroulent les cérémonies d'ouverture (anneau de glace) et de clôture (patinoire couverte). Deux autres patinoires couvertes sont édifiées. En effet, le parc de Makomanai est implanté dans une zone défavorisée alors presque en friche ; aussi, pour que la population dite « aisée » se passionne pour les Jeux, il semble opportun d'édifier des installations dans des quartiers résidentiels : les patinoires couvertes de Tsukisamu (pour le hockey sur glace) et de Mikaho (pour le patinage artistique) sont donc construites dans ces quartiers plus chics. Non loin du parc de Makomanai, les parcours de ski de fond sont tracés dans la zone de Nishioka, au cœur d'une forêt de pins et de bouleaux. Situé à 12 kilomètres au nord-ouest de Sapporo, le mont Teine constitue un endroit où les citadins aiment aller se divertir, été comme hiver. Les Jeux constituent donc une magnifique occasion pour promouvoir le tourisme et réaménager les sites. C'est là que se déroulent les épreuves de ski alpin (à l'exception des descentes), ainsi que les compétitions de luge et de bobsleigh. Une piste de luge (1 023 mètres de longueur, 101 mètres de dénivelé) et une piste de bobsleigh (1 563 mètres de longueur, 132 mètres de dénivelé) sont construites pour l'événement. Par ailleurs, l'ancien tremplin d'Okurayama, situé à la lisière ouest de la ville, est réhabilité pour permettre d'accueillir la compétition de saut à 90 mètres, ses nouvelles tribunes étant conçues pour recevoir cinquante mille spectateurs ; à 1 kilomètre de celui-ci, le tremplin de Miyanomori, destiné à l'épreuve de saut à 70 mètres, est bâti spécialement pour les Jeux. Toutes les épreuves olympiques sont donc concentrées dans un espace compact, à l'exception des compétitions alpines de descente, dont les parcours sont tracés sur les pentes du mont Eniwa, à une trentaine de kilomètres au sud de Sapporo.

Un grand centre de presse (trois bâtiments, 9 216 mètres carrés) est aménagé à proximité du village olympique pour permettre aux quelque trois mille cent journalistes (dont mille huit cents Japonais) de travailler dans d'excellentes conditions. Les compétitions olympiques sont largement couvertes par la télévision, la chaîne N.H.K. se voyant chargée de produire les images : elle propose 162 heures de retransmission en direct et en couleurs. Les droits afférents se montent à 8 475 000 dollars, soit environ 38 millions de francs de l'époque : la chaîne N.B.C. verse 6 400 000 dollars pour diffuser les Jeux aux États-Unis, l'Eurovision règle 1 233 000 dollars pour retransmettre les compétitions dans trente et un pays d'Europe. Les Jeux de Sapporo connaissent un joli succès populaire : quelque six cent quarante-deux mille spectateurs assistent aux épreuves ; le public s'enthousiasme notamment pour les compétitions de saut à skis, lesquelles se déroulent à guichet fermé.

Le Japon dépense quelque 3 milliards de francs pour assurer la réussite des XIes jeux Olympiques d'hiver. Pourtant, on craint un moment que ces Jeux soient gravement perturbés, voire annulés. En effet, Avery Brundage, président du C.I.O., qui avait en 1968 à l'occasion des Jeux de Grenoble menacé de radier les skieurs qui montreraient devant les caméras de télévision la marque de leurs skis ou de leurs vêtements, repart en croisade contre le « professionnalisme ». Il considère que les skieurs ne respectent pas l'article 16 de la Charte olympique, lequel définit l'amateurisme, qu'ils sont de véritables professionnels, directement « sponsorisés » par les marques, et les menace de sanctions. L'Autrichien Karl Schranz, le grand favori de ces épreuves alpines, ose répliquer : « Si M. Brundage avait été pauvre comme je l'ai été, je me demande s'il n'aurait pas une autre attitude. Si nous suivions jusqu'au bout ses recommandations, les Jeux seraient réservés aux très riches. » La sanction tombe : Karl Schranz est disqualifié et n'est pas autorisé à participer aux compétitions olympiques. Schranz regagne l'Autriche où ce banni reçoit un accueil triomphal ; trois jours après la clôture des Jeux, il annoncera sa retraite sportive. Par ailleurs, le Canada refuse de participer au tournoi de hockey sur glace : il considère que les Soviétiques et les Tchécoslovaques, qui peuvent se consacrer à plein temps à leur sport, sont de véritables « professionnels » (les régimes communistes interdisent le professionnalisme sportif « officiel »).

Le programme sportif est identique à celui de 1968 : il compte trente-cinq épreuves. Mille six sportifs et sportives prennent part aux compétitions (ils étaient mille cent cinquante-huit en 1968) ; ils représentent trente-cinq pays (trente-sept en 1968). La participation est donc quasi stable, la légère baisse du nombre des concurrents étant due à l'éloignement, donc aux frais de transport, ce qui conduit quelques comités olympiques nationaux à réduire l'importance de leur délégation.

Jean-Claude Killy avait marqué les Jeux de Grenoble en 1968 par son exploit (il remporta les trois épreuves masculines de ski alpin) et son charisme. Aucune star ne dégage la même aura à Sapporo. Pourtant, le patineur de vitesse néerlandais Ard Schenk remporte [...]

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Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pierre LAGRUE, « SAPPORO (JEUX OLYMPIQUES DE) [1972] - Contexte, organisation, bilan », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sapporo-jeux-olympiques-de-1972-contexte-organisation-bilan/