KITAJ RONALD BROOKS (1932-2007)

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Né à Cleveland le 29 octobre 1932, le peintre et graphiste américain Ronald B. Kitaj – nom de son beau-père juif viennois – nourrit son œuvre d'une vision cosmopolite. À partir de l'année 1949, il effectue en effet de nombreux voyages en tant que marin dans des pays d'Amérique latine et d'Europe, tout en suivant « par escales » un enseignement artistique à la Cooper Union for the Advancement of Science and Art de New York (1950), à l'Akademie der Bildenden Künste de Vienne (1951) auprès d'Albert Paris von Gütersloh – proche de Schiele. Puis, après avoir mis sa maîtrise d'un dessin précis et expressif au service de l'armée américaine en Allemagne et en France, Kitaj choisit en 1957 de devenir artiste. Ainsi, doté d'une G. I. Bill – bourse d'étude octroyée aux soldats souhaitant reprendre leurs études après la fin de la guerre –, il étudie à la Ruskin School of Drawing and Art d'Oxford, dont il sortira diplômé en 1959. Son principal port d'attache, durant près de quarante ans, sera donc la Grande-Bretagne sans qu'il renonce pour autant à ses pérégrinations, qui auront un impact direct sur sa peinture.

Véritable mixage plastique entre la technique de Rauschenberg et la touche expressive de De Kooning, ses premières œuvres se composent d'assemblages d'images trouvées, de fragments de sources disparates. Par la lecture de The Journal of the Warburg and Courtauld Institute, Kitaj s'est en effet initié à l'approche iconologique, étude de la signification et de la survivance des images. Reflections on Violence (1962, Hamburger Kunsthalle, Hambourg) reflète ainsi non seulement l'apport de l'histoire de l'art – notamment via les collages surréalistes de Max Ernst –, mais également de la littérature et de l'histoire politique. Sa conception de la peinture trouve alors un écho auprès de la nouvelle génération des artistes pop britanniques, en particulier David Hockney, avec lequel Kitaj étudie au Royal College of Art de Londres (1959-1962).

Grâce à ses expositions dans les galeries Marlborough à Londres en 1963, puis à New York en 1965, Kitaj acquiert bientôt une reconnaissance internationale. La Tate Gallery lui achète Isaac Babel Riding with Budyonny (1962), peinture emblématique de cet univers qui réconcilie l'intellectuel, le sensuel et l'émotionnel, tout en possédant un sens aigu de la narration. Pour Peter Greenaway, alors jeune étudiant en art, la découverte de l'œuvre de Kitaj fut une révélation : « Il dessinait et peignait de plus de dix différentes manières sur la même toile ; il lançait des idées partout, comme des confettis... Il y avait là une passion politique sans pudeur et une imagerie sexuelle extravagante et audacieuse. Ses idées étaient internationales. »

Cependant, Kitaj ne se reconnaîtra jamais dans le goût pour la culture des médias qui caractérise le pop art. Du fait de son dessin toujours exécuté d'après modèle, il se sent plus d'affinités avec les peintres anglais figuratifs, Lucian Freud, Frank Auerbach et bien sûr Francis Bacon, artistes qu'il défend dans une exposition polémique à la Hayward Gallery de Londres en 1976 : The Human Clay (l'argile humain) – dont le titre renvoie au poème Letter to Lord Byron (1936) de W. H. Auden. Faire de la représentation picturale une autre forme poétique, voilà donc l'une des ambitions de Kitaj : « Cette intense passion pour Pound, Joyce et Eliot, et la complexité de tant de poésie moderne, m'a toujours amené à penser que l'on pouvait faire la même sorte de chose en peinture. »

Dans les années 1970, après une série de peintures au style plus éclectique, aux couleurs apposées en fines couches, Kitaj opère un retour sur son identité juive, clé qu'il propose aussi pour une lecture à rebours de son œuvre. C'est ensuite une réflexion plus large sur l'exil, le déracinement et la mémoire qui seront au cœur d'une peinture comme Cecile Court London WC2 (The Refugees, 1983-1984, Tate Gallery, Londres). Dans son texte First Diasporist Manifesto (1989), Kitaj tente d'expliquer sa pensée par le biais d'un collage de textes et de reproductions de ses peintures et de ses dessins.

Une énergie « plurielle » – souvent fortement sexuée – parcourt les œuvres des années 1980-1990, aux couleurs dissonantes, où s'affrontent des aplats stricts et une gestualité débridée qui semble c [...]

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Écrit par :

  • : docteur en histoire de l'art contemporain, enseignant-chercheur, membre correspondant de l'E.R.C.O., laboratoire de recherche du Centre André-Chastel, université de Paris-IV-Sorbonne

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Stéphanie JAMET-CHAVIGNY, « KITAJ RONALD BROOKS - (1932-2007) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ronald-brooks-kitaj/