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FREUD LUCIAN (1922-2011)

Né en 1922, le peintre Lucian Freud s'est imposé comme une figure singulière dans l'art contemporain, tant il a poursuivi une œuvre anachronique et originale, à rebours des modes et des avant-gardes successives. Ses portraits s'inscrivent dans la tradition des plus grandes époques de l'art pictural tout en étant travaillés par un sens radicalement moderne de l'inquiétude et du soupçon. Un de ses tableaux, le Portrait de la reine Elizabeth II (2001, Queen's Gallery, Buckingham Palace), a ainsi subi les critiques des journaux conservateurs pour son style agressif, tandis qu'il peut aussi passer pour le témoignage intempestif d'une peinture antimoderne. Cette liberté de ton comme de touche rapproche Lucian Freud de Francis Bacon, avec lequel il a exposé à maintes reprises. Elle nous rappelle surtout que le xxe siècle demeure, sans que les contemporains s'en rendent toujours bien compte, un des grands siècles du portrait, de Giacometti à Baselitz, de Dubuffet à Warhol ou de Picasso à Boltanski.

L'« Ingres de l'existentialisme »

Petit-fils de l'inventeur de la psychanalyse, Lucian Freud naît à Berlin dans une famille juive aisée, qui émigre en Grande-Bretagne en 1933 après l'arrivée au pouvoir de Hitler. Naturalisé britannique en 1939, il se forme à la Central School of Arts and Crafts de Londres, puis à l'East Anglian School of Painting and Drawing de Dedham. Ses premières peintures (Les Réfugiés, 1941) révèlent une parenté avec la Nouvelle Objectivité qui domine la peinture allemande des années 1930, et attestent d'une densité plastique et d'une acuité de regard qui lui valent sa première exposition personnelle dès 1944, à la galerie Alex Reid et Lefevre de Londres. Le jeune peintre s'affirme surtout comme un maître du contour linéaire et géométrique (Jeune Homme au pigeon, 1944) au service d'une visée réaliste, dont témoigne l'extraordinaire Portrait de Christian Bérard (1948). Loin des courants en vogue tels que le surréalisme auquel renvoient cependant certaines de ses compositions – Le Salon du peintre, 1943, où apparaît une tête de zèbre saugrenue –, Lucian Freud cherche surtout à éviter le « mensonge gratuit et le pur artifice » de la peinture pour se concentrer sur l'observation du réel, dans toute sa précision. Ingres devient à ses yeux le peintre modèle. Il lui inspire notamment La Jeune Femme aux roses (1947-1948, British Council) ou La Jeune Femme aux feuilles (1948, Museum of Modern Art, New York), au point que le critique Herbert Read le baptise « l'Ingres de l'existentialisme ». Une inquiétude philosophique marque son travail, qui révèle avec violence l'étrangeté du réel, autant dans le regard et l'expression des modèles représentés que dans la figuration sans concession de la nudité des corps.

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Écrit par

  • : professeur d'histoire et de théorie de l'art contemporain, université de Paris VIII

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • LUCIAN FREUD. L'ATELIER (exposition)

    • Écrit par Cécile GODEFROY
    • 1 047 mots

    Le Musée national d'art moderne-Centre Georges-Pompidou à Paris avait accueilli en 1987 une exposition consacrée à Lucian Freud, artiste né en 1922 à Berlin et installé à Londres depuis 1933. L'étape parisienne de cette rétrospective avait reçu un accueil mitigé. C'est pour favoriser la rencontre...

  • ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Peinture

    • Écrit par Jacques CARRÉ, Barthélémy JOBERT
    • 8 176 mots
    • 12 médias
    Après la Seconde Guerre mondiale, le portrait a opéré un retour en force avec Sutherland et Moynihan, mais surtout avec Lucian Freud (le petit-fils de Sigmund) et Francis Bacon. Freud (1922-2011) peint des portraits de ses proches d'une précision et d'une luminosité quelque peu morbides (...

Voir aussi