SCHNEIDER ROMY (1938-1982)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Rosemarie Albach-Retty était née dans la mouvance du cinéma, puisque sa mère, Magda Schneider, avait tourné dans une trentaine de films depuis l'entre-deux guerres, notamment dans Libelei de Max Ophuls en 1933. Bavaroise, réfugiée en Autriche pendant la guerre, Magda Schneider apportait d'avance à sa fille le goût du professionnalisme et une facilité d'entrée dans les studios. C'est d'ailleurs aux côtés de sa mère que Romy tint son premier rôle à l'âge de quinze ans, pour se trouver promue dès son deuxième film au rang de vedette. Elle passe alors sous la direction d'un habile fabricant, Ernest Marischka, représentant typique du cinéma sentimental de l'époque en Allemagne, et interprète la princesse Elizabeth d'Autriche, figure restée populaire dans la mythologie petite-bourgeoise du monde germanique, dans une série de films : Les Jeunes Années d'une reine (1954), Sissi (1955), Kitty (1956), Sissi impératrice (1956), Sissi face à son destin (1957). Ce feuilleton ne dut son succès aussi durable qu'à la gentillesse, la fraîcheur et, pour tout dire, la présence de la jeune comédienne. Toutefois, en pleine ascension, elle eut un sursaut de révolte quand on ne trouva à lui proposer qu'un remake du film qui avait rendu sa mère célèbre. Déjà remarquée dans des coproductions comme Jeunes Filles en uniforme (G. Ravadnyi, 1958), elle aura la chance de rencontrer un véritable metteur en scène en la personne de Luchino Visconti. Celui-ci ne lui fait alors tourner qu'un épisode de Boccace 70, « Le Travail », qui l'arrache au stéréotype de Sissi, mais il lui apprend aussi le métier théâtral, notamment en lui faisant tenir un premier rôle écrasant, aux côtés d'Alain Delon, dans sa mise en scène du drame de John Ford, Dommage qu'elle soit une putain (1961).

Au cinéma, Romy Schneider a joué entre-temps un personnage ambigu et résolument moderne dans Monpti (Helmut Kautner, 1957) et s'impose définitivement, avec le premier film d'un débutant : Le Combat dans l'île (Alain Cavalier, 1962). Aussi bien sa carrière aura-t-elle désormais Paris pour pivot et le cinéma français comme principal champ d'activité. Confrontée tout d'abord à des récitals de monstres sacrés sous la férule d'auteurs aussi « difficiles » qu'Orson Welles (Le Procès, 1962) ou Otto Preminger (Le Cardinal, 1963), elle réussit à ne pas s'y faire oublier, et même, dans le second de ces rôles, apporte une nuance d'émotion inattendue venant se greffer sur la frivolité du personnage. Quelques films américains (What's new Pussycat ?, Clive Donner,1965) lui permettent de révéler son sens de l'humour, mais ne lui apportent guère d'autres satisfactions. Elle se retrouvera tout entière avec deux rôles dramatiques, dans La Piscine (Jacques Deray, 1968) et surtout dans Les Choses de la vie (Claude Sautet, 1970), film qui lui vaut un véritable triomphe personnel.

Dotée d'une grande énergie physique et même d'une certaine exubérance, la comédienne ne s'en définit pas moins elle-même comme entièrement soumise aux indications de ses metteurs en scène. Il arrivera par la suite que certains de ses films soient effectivement des « véhicules » pour une célébrité qui pendant plus de dix ans ne connaîtra pas d'éclipse. Toutefois, ses prestations ne descendent jamais au-dessous d'un certain degré de complaisance, et l'image de marque de Romy Schneider reste d'abord celle de la collaboratrice éclatante de cinéastes importants : elle rejouera ainsi « Elizabeth impératrice », mais ce sera pour Visconti, dans Ludwig (1973). Le plus souvent, sa beauté tranquille, son sourire et son regard tour à tour candides et malicieux sont utilisés par elle pour un jeu intériorisé ; les nuances y sont perceptibles par des détails de gestes ou d'intonations. Elle laisse fuser çà et là une spontanéité d'autant plus émouvante qu'elle est d'abord refoulée. La notion d'« emploi » perd tout sens avec Romy Schneider, dont les prestations reposent d'abord sur l'amitié des metteurs en scène : P. Granier-Defferre, Costa-Gavras, et surtout Claude Sautet. Elle tourne pour lui trois films : Max et les Ferrailleurs (1971), César et Rosalie (1972), Une histoire simple (1978), ce dernier film marquant un admirable mûrissement de l'actrice. Dans cet équilibre rayonnant entre la sensualité et l'intelligence, peut néanmoins s'insinuer une fêlure : dans Les Innocents aux mains sales (1974), [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  SCHNEIDER ROMY (1938-1982)  » est également traité dans :

LES CHOSES DE LA VIE, film de Claude Sautet

  • Écrit par 
  • Laurent JULLIER
  •  • 855 mots

Connu auparavant comme réalisateur de polars ( Classe tous risques , 1960), Claude Sautet ne voulut pas se spécialiser dans les films d'action, et adapta en 1970 un roman de Paul Guimard, Les Choses de la vie (1967). Bien que le sujet principal puisse paraître d'une rare tristesse – il s'agit essentiellement de décrire la mort du héros –, le film rencontra un vif succès en France (terminant en hu […] Lire la suite

Pour citer l’article

Gérard LEGRAND, « SCHNEIDER ROMY - (1938-1982) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/romy-schneider/