BALLEN ROGER (1950- )

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Le photographe Roger Ballen est né le 11 avril 1950 à New York. Esprit humaniste, le fils d'Irving et d'Adrienne Ballen termine ses études à l'université de Berkeley en 1972, avec une licence en géologie distinguée par le prix prestigieux de la Phi Bêta Kappa Society.

Le jeune diplômé est aussi un amateur de photographie, formé à bonne école : sa mère est entrée, en 1964, au bureau new-yorkais de l'agence Magnum et y devient l'assistante de photographes aussi célèbres qu'Inge Morath, Elliott Erwitt ou Bruce Davidson. Quatre ans plus tard, elle ouvre, sur Madison Avenue, la galerie Photography House où son fils pourra, comme le public de New York, se familiariser avec cet art. Après le décès de sa mère en 1973, Roger Ballen entreprend de voyager en Asie, en Europe, en Amérique. Quatre années de voyages et quinze mille clichés aboutiront à un livre consacré au thème intemporel de l'adolescence, Boyhood, salué dans sa quatrième de couverture par André Kertész, Bruce Davidson et Elliott Erwitt.

Grand voyageur, de plus en plus photographe, Ballen continue ses études et passe un doctorat en philosophie en 1981, l'année de son mariage avec une artiste sud-africaine, Lynda Moross. Le couple s'installe à Johannesburg, où Roger Ballen travaille comme géologue. Amené à sillonner l'Afrique du Sud, Ballen emporte un appareil moyen format. Dès lors, son activité de scientifique se double en permanence de l'investigation de sujets déterminés : Ballen est guidé par une connaissance profonde des lieux et des hommes. En 1982, un livre, Dorps, petites villes d'Afrique du Sud, montre d'abord une réalité bien éloignée des clichés d'une Afrique du Sud moderne et puissante. Le quadrillage systématique du pays lui fait prendre conscience de la situation de la région rurale de Platteland, peuplée d'une colonie de Blancs pauvres que la crainte des Noirs a isolée et conduite aux mariages consanguins. De 1986 à 1993, Ballen photographie ces Sud-Africains marginalisés par la peur, la misère et les tares congénitales. Ses images, simples et abruptes, s'attachent à représenter les gens à la manière de portraits d'identité, par une démarche comparable à celle qu'avait pu suivre en son temps August Sander à l'égard de ses contemporains allemands. Photographiés la plupart du temps dans leurs maisons, à l'aide d'un flash dont Ballen ne cherche à éviter ni la dureté ni les ombres, les gens de Platteland apparaissent dans leur innocence. Exposé pour la première fois en 1981 au Colorado Centre for Photography de Denver, aux États-Unis, le travail de Roger Ballen a été ponctuellement montré en Afrique du Sud, à Johannesburg, Pretoria ou Cape Town de 1982 à 1994.

Constat accablant d'une négligence politique, pendant méconnu de l'apartheid, le travail de Roger Ballen sur Platteland a été publié en 1993. Mal perçu par la presse sud-africaine, qui l'accusait de donner une image fausse et sordide de la communauté blanche, l'ouvrage a reçu de la part d'une minorité intellectuelle un accueil favorable, pour sa contribution objective à l'histoire de l'Afrique du Sud, en particulier celle de ces poor whites, malheureux héritiers de la guerre des Boers, indigents « protégés » de la politique de ségrégation. Les Rencontres internationales de la photographie ont présenté en 1995 Platteland et son auteur au public d'Arles. La reconnaissance européenne pour le travail de Ballen commence la même année avec une exposition au Royal Festival Hall de Londres, suivie du festival 96 d'Eindhoven, aux Pays-Bas. Le Festival de Lumo, en Finlande, le Kunstal Museum de Rotterdam, le Kunsthaus de Zurich, le mois de la Photo 99 de Bratislava et enfin l'exposition Cette Afrique-là montée par Robert Delpire à la galerie Fait & Cause à Paris ont contribué à la diffusion d'une œuvre difficile. Au printemps de 2001, le Rupertinum de Salzbourg consacre une exposition à Ballen comme le salon Fotoforum de Francfort et le Wurttembergischer Kunstverein de Stuttgart. L'importante monographie Outland (2001), due au spécialiste allemand Peter Weiermair, revient sur vingt années de travail du photographe. Roger Ballen élargit son champ d'investigation à la culture blanche de l'Afrique du Sud, a [...]

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  • Écrit par 
  • Hervé LE GOFF, 
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Dans le chapitre « Portrait : la tête et la face »  : […] De même que la forme tableau s'apparente au paysage sans intention documentaire, le visage n'intéresse plus la photographie contemporaine selon ce qui était la vocation immémoriale du portrait. Les « sans titre » que l'Allemand Thomas Ruff réalise de face, en grand format, avec l'expression neutre de documents d'identité, sont particulièrement représentatifs de la tendance contemporaine de l'uti […] Lire la suite

Pour citer l’article

Hervé LE GOFF, « BALLEN ROGER (1950- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/roger-ballen/