BRASILLACH ROBERT (1909-1945)

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Après le lycée de Sens où il a pour professeur Gabriel Marcel, Brasillach, élève à Louis-le-Grand, est attiré par la carrière littéraire ; ses amis s'appellent Maurice Bardèche, Jacques Talagrand (Thierry Maulnier), Roger Vailland et, bientôt, lorsqu'il est à l'École normale supérieure, Simone Weil, Jacques Soustelle, Henri Quéfellec.

Son premier roman, Le Voleur d'étincelles (1932), est marqué d'un certain antigidisme et se ressent des influences de Barrès et de Colette qui fut « l'idole » du jeune Brasillach. Plus connu, Comme le temps passe (1937) est son dernier ouvrage romanesque qu'il définit lui-même comme « picaresque, érotique et sentimental » ; il aurait pu ajouter : autobiographique, encore que l'imagination n'en soit pas absente. Ce n'est pas le meilleur texte de l'écrivain, mais il est évident que le romancier Brasillach possédait une technique que la maturité aurait confirmée. Sa grande amitié avec les Pitoëff répond à son goût pour le théâtre ; dès 1932, il écrit Domrémy qui présente une Jeanne d'Arc originale, vue par les paysans de son village. Sa Bérénice, écrite en captivité, créée en 1957 à Avenches, en Suisse, et montée la même année à Paris par Alice Cocéa, quitte l'affiche à la suite des manifestations organisées par le Comité d'action de la Résistance ; la critique est très partagée sur le fascisme et l'antisémitisme encore reprochés à la pièce lors de sa reprise en 1972. Séduit par le cinéma, Brasillach a donné en 1935 une Histoire du cinéma, avec Bardèche — qui dit avoir eu peu de part à sa rédaction ; c'est une somme qu'il pensait compléter et qui garde toute son importance. Mais c'est dans l'œuvre critique que Brasillach excelle. Son premier livre, Présence de Virgile (1931), annonce cet esprit analytique tourné vers le commentaire et le portrait ; paradoxalement, ses études littéraires sont une des parties les plus vivantes de l'œuvre ; Les Quatre Jeudis (1944) et ses innombrables articles gardent une actualité assez rare dans le domaine de la critique. De même, Notre Avant-Guerre (1941) ou Journal d'un homme occupé (1955) ne peuvent être ignorés de qui s'intéresse à la vie des hommes de l'entre-deux-guerres, et ils réservent bien des surprises.

Brasillach entre dans la vie politique active lors des événements de février 1934 ; son idéologie est animée par un violent anticommunisme, d'origine nationaliste. Bouleversé par les manifestations à Nuremberg en 1937, exalté par la guerre d'Espagne, il est partisan d'un fascisme français, différent du nazisme en ce sens qu'il considère que, comme l'Allemagne et l'Italie, la France peut faire sa propre « Révolution nationale ». Engagé dans cette voie avec un enthousiasme militant qui prend parfois en défaut sa lucidité, il accepte, au retour de l'oflag, et dans l'esprit d'une collaboration avec le vainqueur, le poste de commissaire général du Cinéma ; vite en désaccord avec l'autorité allemande, il démissionne deux mois après et devient, en 1941, le patron de Je suis partout — hebdomadaire de tendance fasciste — qu'il quittera deux ans plus tard. À la Libération, sa mère arrêtée, il se constitue prisonnier pour rendre compte de sa complicité avec l'ennemi. Malgré l'ultime démarche de François Mauriac auprès du général de Gaulle le 3 février 1945, le verdict est exécuté et, le 6 février, au fort de Montrouge, l'écrivain est fusillé qui avait sacrifié son œuvre à une douteuse politique.

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Pierre-Robert LECLERCQ, « BRASILLACH ROBERT - (1909-1945) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/robert-brasillach/