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KLIBANSKY RAYMOND (1905-2005)

Né en France le 15 octobre 1905, le philosophe Raymond Klibansky est issu d'une famille de commerçants originaire de Francfort. La Première Guerre mondiale contraint la famille à rentrer en Allemagne. Après un court séjour à Hambourg et à Kiel, où il a eu le privilège d'être l'assistant de Ferdinand Tönnies, Raymond Klibansky entreprend ses études doctorales à Heidelberg, auprès du philosophe et helléniste Ernst Hoffmann. Il rédige une thèse sur la métaphysique de Proclus, qui sera publiée en 1929. C'est dans cette université qu'il va développer ses grands projets d'édition de Nicolas de Cues, et c'est à cette ville qu'il conservera un attachement indéfectible, malgré tout ce qui devait l'en éloigner par la suite. Issu d'une famille juive, Raymond Klibansky choisit de quitter l'Allemagne. Accueilli à Londres (King's College, 1934-1936) et à Oxford (Oriel College, 1936-1948), il occupe une fonction de renseignement militaire au Foreign Office de Londres, de 194l à 1946. Il s'établit ensuite au Canada, à Montréal, où il est professeur à l'université McGill de 1946 jusqu'à sa retraite en l975. Raymond Klibansky fut président de l'Institut international de philosophie (1966-1969, président honoraire par la suite), ainsi que d'un nombre imposant d'académies, de sociétés et d'instituts.

Dans l'œuvre de Raymond Klibansky, plusieurs étapes significatives peuvent être distinguées. Leur convergence vers l'interprétation du platonisme est le signe de la cohérence profonde de sa recherche. En premier lieu, il convient de distinguer les travaux consacrés de 1929 à 1936 à Nicolas de Cues et à Maître Eckhart et poursuivis tout au long de sa carrière ; ces grandes entreprises d'édition et de commentaire posent les bornes d'un ensemble dont la préoccupation fondamentale est celle de la transformation de l'héritage platonicien au cours de la Renaissance. La dévotion aux idéaux de l'humanisme en est la caractéristique fondamentale. En deuxième lieu, il faut mentionner les travaux critiques consacrés à l'édition des versions médiévales latines et arabes des textes platoniciens, regroupées dans le Corpus Platonicum Medii Aevi. L'édition critique du Parménide latin, accompagnée du Commentaire de Proclus, constitue la réalisation la plus importante de cette étape. Il faut y ajouter les Medieval and Renaissance Studies, dont six volumes furent publiés de 1941 à l968, et ensuite trois suppléments.

Dans un livre de 1939, où il présentait son programme de recherche, Raymond Klibansky avait déjà montré le cheminement de cette tradition à travers tout le Moyen Âge (The Continuity of the Platonic Tradition). Dès cette période de ses premiers travaux, de 1929 à 1939, cette importance de la tradition et de l'héritage s'impose à lui comme le concept central du travail historique. Dans une fidélité profonde à Ernst Cassirer, qu'il avait fréquenté à Hambourg et dont il édita plus tard le Festschrift, l'attention à la tradition est à la fois espérance et refus du monolithisme qui caractérisait la culture aveugle de l'Allemagne des années 1930.

Une troisième étape est délimitée par la collaboration avec Erwin Panofsky et Fritz Saxl, qui a donné lieu au monumental travail sur la mélancolie et le génie. Saturne et la Mélancolie. Études historiques et philosophiques : nature, religion, médecine et art représente un jalon essentiel dans le développement de la méthode en histoire des idées. La collaboration de Raymond Klibansky avec Fritz Saxl remonte au travail accompli à la bibliothèque Warburg de Hambourg. Après la parution de l'édition anglaise de 1964, il revint à Raymond Klibansky de préparer la traduction française de l'ouvrage, qui entre-temps était devenu un classique de l'iconographie et[...]

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Écrit par

  • : professeur titulaire, département de philosophie, université du Québec à Montréal (Canada)

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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