VENTURA RAY (1908-1979)

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Le compositeur, arrangeur et chef d'orchestre français Ray Ventura fut une manière de pionnier, de précurseur. Il a, l'un des premiers, fait entrer le jazz dans la musique française de variétés, il a redonné un coup de fouet au music-hall de ce pays, il l'a ragaillardi. Certes, d'autres s'étaient, avant lui, lancés dans cette voie. Le délirant Gregor, durant les années 1920, avait jeté ses musiciens, inspirés par le jazz, à l'assaut du public, mais sa renommée tenait moins à la nouveauté des rythmes qu'il pratiquait qu'à ses propres extravagances. Les folies, les provocations de Gregor le rendaient évidemment populaire. Faisaient-elles vraiment aimer sa musique ? On peut en douter.

Ray Ventura, lui, apprit tout jeune la valeur de cette musique. Raymond Ventura, fils d'avocat parisien né le 16 avril 1908 à Paris, avait dix-huit ans lorsque, avec quelques camarades du lycée Janson-de-Sailly, il entreprit de créer sa première formation, The Collegiate Five qui adoptera ultérieurement le nom de Collégiens. Des amateurs, évidemment... Il fallait à cette époque, en 1926, une bonne dose d'inconscience pour oser s'engager sur cette route qui n'était pas encore balisée, pour partir à l'aveuglette sans autres références que les rares enregistrements de jazzmen américains qui parvenaient à franchir l'Atlantique, et pour songer a conquérir des Français pour qui cette « musique de nègres », cette « musique de sauvages » apparaissait comme le comble de l'abomination.

N'empêche, Ray Ventura et ses amis s'accrochèrent. Ils répétaient dans une salle de gymnastique, rue de la Pompe, à deux pas du lycée, et, dès 1927, ils donnaient un bal chaque semaine et participaient aux fêtes des grandes écoles. Le groupe s'élargissait ; d'autres musiciens venaient s'y agglomérer, dont la plupart connaîtront plus tard la célébrité : Paul Misraki, pianiste, qui sera bientôt un prolifique compositeur ; Loulou Gasté, guitariste, qui, après avoir écrit pour de nombreux interprètes, deviendra l'époux, le manager et l'auteur-compositeur attitré de Line Renaud ; Coco Aslan, chanteur et percussionniste, qui, retrouvant son prénom, Grégoire, prouvera durant des années ses incontestables qualités de comédien. Leur répertoire était fait uniquement de jazz et d'adaptations de « standards » américains. Même si les Collégiens, par leur attitude et leur manière bien française de se présenter sur scène, rassuraient tous ceux qu'effraie la sauvagerie supposée des adeptes du jazz, ils restaient dans leur interprétation des puristes, ils ne faisaient aucune concession sur le fond.

L'étonnant, c'est qu'ils gagnèrent, et relativement vite. En janvier 1929, ils enregistrent leur premier disque – un 78-tours – chez Columbia. D'autres suivront, gravés par la maison Odéon, puis par Decca... Les prestations se multiplient. En janvier 1931, les Collégiens donnent leur premier concert salle Gaveau. On va les écouter, les entendre, voir leurs costumes blancs et leurs cravates bleues : le prétexte de la danse ne leur est plus nécessaire. On les rencontre bientôt à l'Empire, au Théâtre des Champs-Élysées, à l'Olympia ; ils partent même, comme en pèlerinage, vers les États-Unis, où on les accueille très cordialement, comme des enfants dont on ignorait l'existence.

1932, c'est l'année de Fantastique, un air écrit par Paul Misraki qui deviendra l'indicatif de l'orchestre, et c'est le début des grandes tournées : Amsterdam, Londres, puis, plus tard, Florence, Rome, Milan, Zurich, Budapest...

En France, on les voit au Cirque d'Hiver, au Casino de Paris. L'orchestre s'est encore renforcé : y sont entrés de grands musiciens comme Stéphane Grappelli et Raymond Legrand. Le succès est évident, le public s'élargit, un public jeune, ardent, vivant, qui trouve dans le répertoire des Collégiens une musique moderne, adaptée au monde dans lequel il vit, une musique de son temps.

Nombreux, les admirateurs de Ray Ventura ne sont pas encore foule. Cela viendra, grâce à la mue de l'orchestre. Elle s'amorce vite, dès le début des années 1930. Ray n'abandonne pas le jazz, mais il découvre une nouvelle veine qu'il va exploiter sans retenue. Gardant pour l'essentiel ses rythmiques désormais traditionnelles, il entreprend de ré [...]

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ASLAN GRÉGOIRE (1908-1982)

  • Écrit par 
  • André-Charles COHEN
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Au début des années 1930, les grandes formations de jazz triomphent aux États-Unis, tandis que le mouvement s'amorce en Europe. En France, des lycéens de Janson-de-Sailly se regroupent autour de Ray Ventura, qui baptise sa formation du nom de Collégiens : au sein de cet orchestre, un fantaisiste d'origine arménienne va très vite se distinguer : Krikor Aslanian, dit « Coco ». Silhouette qui n'est […] Lire la suite

Pour citer l’article

Lucien RIOUX, « VENTURA RAY - (1908-1979) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ray-ventura/