QINGTAN [TS'ING-T'AN]

Désignant un mouvement philosophique et littéraire de la Chine du iiie et du ive siècle, le terme qingtan veut dire « causeries pures » et caractérise « un certain type de discussions rhétoriques sur des sujets philosophiques et autres, très en vogue parmi les hautes classes cultivées, depuis le iiie siècle » (Zürcher). Ces discussions, qui devaient porter sur des sujets élevés et spirituels, sur les « noms et les principes » (mingli), avaient leur origine dans la sophistique et étaient courantes à la fin de l'empire des Han. Pour exprimer l'unité du principe fondamental d'une chose et des noms éphémères servant à l'exprimer, les beaux esprits de l'époque s'adonnaient à des « caractérisations » (mu) de personnes et de choses.

À l'origine, cette forme de discours avait surtout servi à des buts politiques : par des métaphores bien choisies, on pouvait exalter ou dénigrer les qualités et le caractère d'un personnage. Mais, bientôt, ce genre de propos prit une tournure plus philosophique et théorique. Surtout sous l'influence du Xuanxue, les grands, comme pour défier les temps troublés, s'adonnaient à des jeux d'esprit, qui ne furent souvent que des jeux de mots. Un haut fonctionnaire, victime de l'invasion des Barbares dans le Nord et de la chute de la capitale Luoyang, vint se réfugier dans le Sud, où « il ne parlait que de trois principes, [disant] que dans la musique, il n'y a ni tristesse ni joie, [dissertant] sur les méthodes [taoïstes] de nourrir le principe vital, [soutenant] que les mots sont capables d'exprimer parfaitement les idées et que, malgré tout, ces trois principes sont en rapport les uns avec les autres et qu'ils s'appliquent partout et à tout ».

Les propos sur l'esthétique et les bons mots de caractérisation s'échangeaient lors des réunions de la haute société, analogues à celles du cercle des Sept Sages de la Forêt de Bambous. Des comptes rendus de ce genre de réunions nous sont parvenus dans un recueil intitulé Les Nouvelles contemporaines (Shishuoxinyu) par Liu Yiqing (403-444). Son contenu serait quasiment incompréhensible s'il n'était accompagné d'un commentaire de Liu Xiaobiao (462-521), qui situe les bons mots et les caractérisations. Toutefois, près d'un tiers du texte reste plus ou moins inaccessible pour le lecteur non spécialiste.

—  Kristofer SCHIPPER

Écrit par :

  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études (Ve section, sciences religieuses)

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Pour citer l’article

Kristofer SCHIPPER, « QINGTAN [TS'ING-T'AN] », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 octobre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/qingtan-ts-ing-t-an/