PROCÈS DE MAJESTÉ

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L'élargissement du « crimen maiestatis » au début de l'Empire

Dès le début de l'Empire – au plus tôt sous le règne d'Auguste, au plus tard sous celui de son successeur, Tibère –, on observe un glissement dans l'application du crimen maiestatis. Alors que, sous la République, le délit désignait les atteintes à la res publica – la chose publique, c'est-à-dire l'État, conçu comme une émanation du peuple romain –, et même si, on l'a vu, les définitions variables de celui-ci permettaient une utilisation opportune de la notion, les débuts du principat voient se porter sur la personne du prince les atteintes à la majesté de la cité. Autre innovation augustéenne : les procès de majesté ne se tiennent plus devant une quaestio, composée de jurés désignés à cette fin, mais devant le Sénat, constitué en haute cour. Troisième nouveauté, et non des moindres, puisqu'elle nourrit en partie l'indignation de Tacite : à côté des atteintes traditionnelles à la sûreté de l'État (la trahison à l'armée, le soulèvement populaire, la mauvaise gestion des affaires publiques), l'accusation peut désormais englober non seulement des faits (facta) mais des paroles (dicta), qu'elles aient été prononcées à l'encontre du prince, ou parfois de membres de sa famille, voire d'un empereur divinisé (c'est-à-dire mort). On se rend compte ainsi de l'élargissement considérable du crime de lèse-majesté réalisé au début de l'Empire, et du champ potentiellement très étendu de son application. Le crimen maiestatis devient un instrument de répression politique aux mains du prince, à une époque où le régime souffre encore de son absence de définition juridique initiale. La notion de lèse-majesté permet donc d'étendre l'aire de protection pénale du pouvoir politique (I. Thomas). Les accusations de majesté sont en outre favorisées par le phénomène de délation, dûment récompensé (en moyenne, le quart des biens du condamné revient au délateur). C'est que, si la peine semble consister, depuis César, en l'interdiction d'eau et de feu, l'empereur peut (en fait, sinon en droit, on en discute) aggraver la punition par u [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages


Écrit par :

Classification


Autres références

«  PROCÈS DE MAJESTÉ  » est également traité dans :

ROME ET EMPIRE ROMAIN - Le Haut-Empire

  • Écrit par 
  • Yann LE BOHEC, 
  • Paul PETIT
  •  • 35 194 mots
  •  • 17 médias

Dans le chapitre « Les Flaviens »  : […] La mort de Néron mit fin à la dynastie julio-claudienne et déchaîna une longue crise. Vindex avait rapidement succombé sous les coups des légions du Rhin, hostiles aux vues « libérales » affichées par les Gaulois du Centre et du Sud, mais Galba, mieux armé, était devenu empereur à Rome. Âgé, maladroit et sans générosité, il fut renversé par les prétoriens et la foule, qui regrettaient Néron et cr […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/rome-et-empire-romain-le-haut-empire/#i_42320

Voir aussi

Pour citer l’article

Xavier LAPRAY, « PROCÈS DE MAJESTÉ », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/proces-de-majeste/