PRÉTORIENS

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Depuis Scipion Émilien (~ 184-~ 129), le second « Africain » et le vainqueur de Carthage, les commandants en chef romains ont pris l'habitude de lever une garde personnelle, chargée de leur protection et organisée en neuf cohortes sous Auguste, puis en dix à partir de Dioclétien. Chaque cohorte comprenant cinq cents hommes, c'est une troupe de cinq mille prétoriens qui est ainsi mise à la disposition exclusive de l'empereur, chef principal des armées. Sous Septime Sévère (193-211) le chiffre de cinq cents prétoriens par cohorte est provisoirement doublé. Quatre cohortes prétoriennes sont casernées à Rome et les autres disséminées dans les villes voisines. Cette garde prétorienne, en principe toute dévouée à l'empereur, est placée sous l'autorité de deux préfets du prétoire. Les prétoriens sont les plus choyés de tous les soldats, plus richement armés, recevant le triple de la solde ordinaire. Ils doivent servir seize ans. À leur retraite, ils sont souvent gratifiés de terres exemptes d'impôts. Soldats privilégiés, les prétoriens finissent par former une caste puissante, une armée dans l'armée, et les préfets du prétoire deviennent les véritables arbitres du pouvoir politique. L'un d'eux, Séjan, conspire contre Tibère et, dès la mort de Caligula, en 41, les prétoriens offrent le pouvoir à celui qui leur donnera le plus d'argent : Claude, qui fait de la surenchère, est donc proclamé empereur. Néron, Galba, puis Othon utilisent le même procédé pour se concilier l'aide armée des prétoriens ou leur simple neutralité. Les légions romaines prétendent de leur côté qu'elles ont leur avis à donner. C'est ainsi que légionnaires et prétoriens se disputent, par candidat à l'Empire interposé, la réalité du pouvoir. Sauf sous le règne des Antonins, les prétoriens auront des pouvoirs politiques exorbitants ; et ce n'est que sous Constantin, en 312, que la garde prétorienne sera définitivement dissoute. Parce qu'ils inspiraient la peur, même aux empereurs, souvent placés sous leur dépendance, parce que le clan qu'ils formaient avait ainsi le droit de décider du sort de l'Empire et de l'empereur, les prétoriens sont entourés d'une sombre légende ; et on utilise encore aujourd'hui leur nom à propos de coups d'État militaires. Il est vrai que ces soldats, gâtés par des empereurs qui leur devaient tout et avaient donc tout à craindre d'eux, contribuèrent à l'instabilité du régime impérial, en des moments particulièrement difficiles.

Soldats de la garde prétorienne

Soldats de la garde prétorienne

photographie

Soldats de la garde prétorienne, sculpture romaine, IIe siècle, marbre. Musée du Louvre, Paris. 

Crédits : Bridgeman Images

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—  Joël SCHMIDT

Écrit par :

  • : diplômé d'études supérieures d'histoire, directeur de collections historiques

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Pour citer l’article

Joël SCHMIDT, « PRÉTORIENS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/pretoriens/