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POLICE SOUS VICHY

Le dérapage des pratiques et des principes

La IIIe République avait souhaité faire des renseignements généraux un service de pure observation. Cette vertu ne va pas résister aux circonstances. Les R.G. de la P.P. – les plus importants (ils comptent autant de fonctionnaires que ceux de la Sûreté nationale qui s'occupent pourtant de toute la France) – vont se transformer en un redoutable instrument répressif. En mars 1940, pendant la « drôle de guerre », est créée en leur sein une « brigade spéciale » (B.S.), qu'on peut assimiler à un service de police judiciaire opérant arrestations et perquisitions, chargée de combattre la propagande défaitiste et le sabotage de l'effort de guerre mis en œuvre par un Parti communiste englué dans le pacte germano-soviétique. Cette dérive marginale – cette première B.S. ne compte qu'une petite vingtaine d'inspecteurs – prend une tout autre ampleur dès les mois de septembre-octobre 1940, quand les autorités d'occupation autorisent la préfecture de police à appliquer la législation anticommuniste et, surtout, après l'entrée des troupes allemandes en U.R.S.S. (22 juin 1941) qui marque celle du Parti communiste dans la Résistance et les débuts de la lutte armée (août-septembre 1941). Les B.S. – à partir de janvier 1942, elles sont deux, respectivement dédiées à la lutte contre les communistes et contre les terroristes, et comptent chacune une centaine de policiers – piétinent toute la déontologie mise au point avant-guerre en utilisant les fichiers de la 1re section des R.G., ses informateurs bien placés et bien tenus, l'infiltration, la provocation, des techniques sophistiquées de filatures et de surveillance et, surtout, en pratiquant arrestations, visites domiciliaires, interrogatoires parfois d'une grande brutalité.

Le même type de dérive, moins connu mais plus spectaculaire encore quand on sait le symbole qu'elles constituaient depuis leur création par Clemenceau, affecte les Brigades régionales mobiles de police judiciaire. Parce que Vichy veut criminaliser la Résistance, on confie sa répression à la police judiciaire. Les fameuses brigades du Tigre, vitrine de la police républicaine, héritent officiellement de la répression des « menées antinationales » à l'été de 1942. Cette décision de René Bousquet, secrétaire général à la Police depuis avril 1942, eut pour conséquence une dramatique dérive des Brigades régionales mobiles (B.R.) auxquelles toute enquête politique était pourtant explicitement interdite. Dès l'été de 1942, pour concurrencer les officines policières et les polices latérales mises en place en 1941 par le secrétaire d'État à l'Intérieur Pierre Pucheu, qui n'avait aucune confiance dans les policiers républicains dont Vichy avait hérité, chaque B.R. doit créer en son sein un service dédié aux « affaires judiciaires d'origine politique ». Formées d'une vingtaine de policiers jeunes et déterminés, placés sous la direction de commissaires ambitieux, très jeunes et souvent brillants, rebaptisées Sections des affaires politiques en novembre 1942, ces équipes, avec des méthodes comparables à celles des B.S. des R.G. de la P.P., notamment l'emploi de la violence et des sévices, s'illustrent dans la lutte contre la Résistance, essentiellement communiste. Même si certaines actions résistantes peuvent largement prêter à confusion avec des délits de droit commun (attaques de perceptions, de mairies, de bureaux de poste, rackets et chantages divers, assassinats, pillages), même si le zèle de ces sections est aiguillonné par les attentats qui se multiplient depuis le printemps de 1942 contre policiers et gendarmes, mais aussi par le souci – louable – d'éviter fusillades d'otages et représailles allemandes, il n'en demeure pas moins que l'action de ces policiers avait pour finalité de protéger les intérêts militaires[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

École nationale supérieure de la police, Saint-Cyr-au-Mont-d'Or (Rhône)

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