ARDITI PIERRE (1944- )

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Né en 1944, Pierre Arditi est, à partir de la fin des années 1960, partout à la fois, au théâtre, à la télévision et au cinéma. Lui-même revendique cette boulimie et le plaisir de figurer dans quatre à cinq films par an pourvu qu'il s'y montre à chaque fois différent. Pari audacieux pour ce comédien au physique de Monsieur Tout-le-Monde, à la diction aussi impeccable que la coiffure et au maintien un peu compassé. Pierre Arditi utilise paradoxalement cet aspect passe-muraille pour tout se permettre. De fait, il peut absolument tout interpréter, comme le prouve la place de choix qu'il occupe dans la filmographie d'Alain Resnais où il apparaît dès 1980 (Mon Oncle d'Amérique) et joue dans la plupart de ses films depuis lors. En particulier, il interprète par cinq fois le rôle du mari de Sabine Azéma, déclinant l'ensemble des possibles offerts par ce statut : ils sont amoureux fous et confrontés à la mort (L'Amour à mort, 1984) ; elle le trompe tragiquement (Mélo, 1986), le traite par-dessous la jambe mais c'est lui qui a une maîtresse (On connaît la chanson, 1997), ils sont des bourgeois de vaudeville en 1920 (Pas sur la bouche, 2003) et interprètent trois couples différents dans Smoking/No smoking (1993). Ce « duo » se formera à nouveau dans Cœurs (2006) et Vous n’avez encore rien vu (2012). Au « sur-jeu » parfois convulsif de Sabine Azéma, Arditi répond par le « sous-jeu » de la feinte, de l'esquive, de l'absence. C'est un acteur du non-dit et de la distance (sur le modèle de Dirk Bogarde) mais qui ne dédaigne pas, à l'occasion, de camper de pittoresques personnages de comédie : le cinéaste loufoque du Grand appartement (Pascal Thomas, 2006) ou inspecteur Larsan du Mystère de la chambre jaune (Bruno Podalydès, 2003). Sous la direction de Bruno Podalydès, il donne ensuite Bancs publics-Versailles rive droite (2008) et Adieu Berthe (2012).

La puissance de travail de Pierre Arditi est prodigieuse. Ainsi, pendant la saison 1987-1988, alors qu'il reçoit un Molière pour La Répétition et qu'il crée la pièce de Loleh Bellon L'Eloignement, on le trouve au générique, toujours pour un des tout premiers rôles, d'au moins sept films : chef de Cabinet (Agent trouble, J. P. Mocky), résistant (De guerre lasse, R. Enrico), père d'une Petite allumeuse (D. Dubroux), commissaire de police « ripoux » (Flag, J. Santini), joueur invétéré (Poker, C. Corsini), P.D.G. (Bonjour l'angoisse, P. Tchernia) sans oublier un rôle de nudiste qui provoque un grave accident (La Passerelle, J.-Cl. Sussfeld), et sans parler des rôles à la télévision ! Et cela continue : on le voit tour à tour en séduisant médecin (Pourquoi – pas – le Brésil, L. Masson, 2004), commissaire-priseur faussaire à ses heures (Hasards et coïncidences, Cl. Lelouch, 1998) ou en veuf solitaire effectuant un meurtre gratuit, traqué de très près par une caméra qui ne le lâche pas pendant 90 minutes (Coup de sang, Jean Marboeuf, 2006). En fait, plutôt que de chercher à composer un personnage spécifique à chaque film, Arditi joue la scène en rapport avec la situation et/ou son partenaire, ce qui lui permet d'envisager toutes les nuances et de rester lui-même, quel que soit le rôle.

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Écrit par :

  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

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Pour citer l’article

René PRÉDAL, « ARDITI PIERRE (1944- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-arditi/