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AIGRAIN PIERRE (1924-2002)

Le physicien Pierre Aigrain, pionnier de l'étude des semi-conducteurs, membre de l'Académie des sciences à partir de 1988 et secrétaire d'État auprès du Premier ministre chargé de la recherche, est né le 28 septembre 1924 à Poitiers et mort le 30 octobre 2002 à Garches (Hauts-de-Seine). Il intègre l'École navale à dix-huit ans, mais le sabordage de la flotte à Toulon fait que sa carrière dans la marine tourne court. Envoyé à la Libération aux États-Unis pour y suivre une formation de pilote d'aéronavale, il s'oriente vers la recherche en électrotechnique dans le cadre du Carnegie Institute of Technology de Pittsburgh et obtient son doctorat (Ph. D.) à l'université Carnegie-Mellon sous la direction d'Everett M. Williams. C'est alors qu'il établit un certain nombre de contacts avec le laboratoire de la compagnie Bell Telephone, qui était – et restera longtemps – La Mecque de la physique des semi-conducteurs. Contacté par Yves Rocard, directeur du laboratoire de physique de l'École normale supérieure, il s'établit à Paris en 1948 et s'oriente vers la recherche en physique du solide. À cette époque, les laboratoires français manquaient si cruellement de crédits qu'ils avaient recours à des expédients peu conformes à la légalité. Officier de la Marine nationale, et sous les ordres de Rocard, lui-même conseiller scientifique de la marine, Aigrain allait parfois, muni d'un faux ordre de mission, d'un uniforme et d'un camion emprunté à la marine sous de faux prétextes, prendre livraison d'instruments scientifiques inutilisés qui avaient été réquisitionnés dans des laboratoires allemands. Ces instruments étaient alors directement mis au service des expériences en cours ou revendus pour pouvoir acheter du matériel des surplus américains.

En 1950, Aigrain fonde avec un autre jeune physicien, Claude Dugas, le laboratoire de physique des solides de l'École normale supérieure. Aidés par les contrats de recherche d'un certain nombre d'organismes américains et tout particulièrement de l'Office of Naval Research, ils parviennent à former de nombreux jeunes et à jouer un rôle de premier plan dans l'étude des semi-conducteurs. Aigrain comprend le premier que les phénomènes caractéristiques de la physique des transistors sont dus à l'existence de zones de transition, des « jonctions » entre des régions contenant différents types d'impuretés. Les travaux de son équipe sur le phénomène de recombinaison des électrons et des « trous » par émission de rayonnement infrarouge ou visible permettront l'essor des diodes électroluminescentes très utilisées dans les calculettes et les ordinateurs actuels. Le résultat le plus important dû à Pierre Aigrain est sans doute l'exposé en 1958 du principe du laser à semi-conducteurs, mais la première réalisation pratique en eut lieu aux États-Unis.

Après être resté officier de marine jusqu'en 1952, Aigrain devient maître de conférences, d'abord à Lille puis, en 1954, à la faculté des sciences de Paris où il est ensuite nommé professeur. Il quitte l'Université en 1974 pour prendre la direction technique du groupe Thomson, fonction qu'il occupe jusqu'en 1978, puis à nouveau de 1981 à 1982. Il en devient ensuite conseiller scientifique. Pierre Aigrain consacre, à partir des années 1960, une grande part de son activité à la politique scientifique. Il joue déjà un rôle important dans l'essor de la recherche publique entre 1959 et 1962. Directeur scientifique des recherches et moyens d'essai du ministère des Armées de 1961 à 1965, directeur des enseignements supérieurs au ministère de l'Éducation nationale jusqu'en 1967, puis délégué général à la recherche scientifique et technique de 1968 à 1973, il est nommé secrétaire[...]

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Écrit par

  • : directeur de recherche émérite au CNRS, centre de physique théorique de l'École polytechnique, Palaiseau

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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