PHOUMI VONGVICHIT (1909-1994)

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Une des grandes figures qui ont marqué la vie politique laotienne pendant quatre décennies, la lutte pour l'indépendance du pays et l'instauration d'un régime socialiste, Phoumi Vongvichit s'est éteint à Vientiane, le 7 janvier 1994. Il fut, durant toute sa vie active, le second du leader de la gauche laotienne, le prince Souphanouvong, dont il resta jusqu'au bout l'homme de confiance. Né le 6 avril 1909 à Xieng Khouang, il était issu d'une des grandes familles du royaume et fils d'un gouverneur de la province de Vientiane. Entré à son tour dans l'administration coloniale française, après des études secondaires à Hanoi et supérieures à Paris, il devint secrétaire du résident français de Xieng Khouang, dans le nord-est du pays, puis occupa, de 1935 à 1945, des fonctions administratives dans deux provinces. Après l'élimination, par les Japonais, de l'autorité française, il est nommé, par le gouvernement laotien présidé par le prince Pethsarath, gouverneur (chao khoueng) de la province de Samneua, et c'est là que, en octobre 1945, il se rallie au prince Souphanouvong, le ministre de la Défense de Pethsarath. Celui-ci vient de proclamer l'indépendance du pays, mais le retour des Français à Vientiane, en avril 1946, contraint toute l'équipe à se réfugier à Bangkok.

En 1947, Phoumi suit Souphanouvong lorsque celui-ci décide de reprendre la lutte armée contre les Français, en alliance avec le Vietnamien Hô Chi Minh. Lorsque ce Front du Laos libre (Neo Lao Isara) réunit, en août 1950, un Congrès des peuples du Laos et crée un “gouvernement de résistance” du Pathet Lao (État du Laos) sous la présidence de Souphanouvong, Phoumi Vongvichit devient vice-président et ministre de l'Intérieur de ce gouvernement. Il met sur pied et organise l'administration des “zones libérées”, tandis que son collègue, le ministre de la Défense Kaysone Phomvihane (converti au communisme), entraîne les forces armées de guérilla. Lorsque, après les accords de Genève de juillet 1954, le Pathet Lao reste maître des deux zones de regroupement dans le Nord-Est, Phoumi est nommé gouverneur de la province de Samneua, celle de la “capitale”. Il ne sera pas, en mars 1955, du cercle restreint qui, avec Kaysone, fonde le Parti communiste laotien, baptisé Parti populaire révolutionnaire lao, mais il sera de ceux qui contribuent à la décision de transformer le Pathet Lao en un simple mouvement politique, le Front patriotique lao (ou Neo Lao Haksat). Celui-ci, refusant tout partage territorial, va chercher à constituer, avec le gouvernement royal de Vientiane présidé par le prince Souvanna Phouma (demi-frère de Souphanouvong), un gouvernement de coalition. Phoumi mènera la négociation qui aboutit en novembre 1957 à la formation de ce gouvernement de coalition, où, derrière Souphanouvong (vice-Premier ministre), il va détenir le portefeuille de l'Information, de la Jeunesse et des Sports, et des Cultes. À ce poste, il va prendre de l'influence sur les bonzes. L'intégration du Front patriotique et de ses troupes dans l'État se poursuit et, au printemps de 1958, des élections partielles révèlent la force qu'il a acquise dans le pays. La droite pro-américaine prend peur. En mai 1959, après avoir renversé Souvanna Phouma, elle interdit le Front patriotique, en arrête les leaders (dont Souphanouvong et Phoumi) et en prépare le procès, que va parvenir à éviter le secrétaire général de l'O.N.U., Dag Hammarskjöld. Mais la droite consolide son pouvoir au moyen d'élections truquées (avr. 1960). Le 24 mai 1960, Souphanouvong, Phoumi et d'autres parviennent à s'évader et à rejoindre le Nord-Est. La guerre paraît imminente, lorsqu'en août le coup d'État du capitaine Kong Lê rend le pouvoir à Souvanna Phouma. C'est Phoumi qui, dès octobre, reprend la négociation avec lui. Soutenue par les États-Unis et la Thaïlande, la droite reprend cependant Vientiane. La guerre se déchaîne. Les grandes puissances interviennent et forcent les parties laotiennes à négocier la reconstitution d'un gouvernement de coalition, présidé par Souvanna Phouma, qui proclamera la neutralité du Laos. Phoumi sera encore le premier diplomate du Front. Il signera les accords de Genève de 1962 et deviendra, dans le nouveau gouvernement, ministre de l [...]

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  • : docteur ès lettres (histoire), historien, professeur (relations internationales)

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Dans le chapitre « L'indépendance et l'unité »  : […] À la capitulation japonaise, Pethsarath réaffirma (1 er  sept. 1945), la déclaration d'indépendance. Il annonça le 14 septembre l'unification du pays par réunion du royaume de Luang Prabang et des quatre provinces du Sud. Un Comité du peuple laotien, réuni à Vientiane, adopta, le 12 octobre, une Constitution du Laos unifié et, le même jour, fut formé un gouvernement provisoire de l'État lao ( Path […] Lire la suite

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Philippe DEVILLERS, « PHOUMI VONGVICHIT (1909-1994) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/phoumi-vongvichit/