ZADEK PETER (1926-2009)

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« La véritable provocation n'est pas d'ordre idéologique ou politique, mais esthétique » (L'Art du théâtre, no 7, Actes sud-Théâtre national de Chaillot, 1987). La formule est de Peter Zadek, star de la mise en scène internationale en même temps que son enfant terrible. Né en 1926 à Berlin, il a grandi en Grande-Bretagne où ses parents, juifs, émigrent dès 1933, fuyant le nazisme. Après des études à Oxford, il suit les cours de l'Old Vic Theater à Londres et se lance très tôt dans la mise en scène en montant un drame de T. S. Eliot, Sweeney Agonistes. En 1947, il présente Salomé d'Oscar Wilde, occasion d'un premier scandale – Salomé danse quasi nue sur le plateau. Parallèlement, il s'initie au cinéma et à la télévision, collabore à la B.B.C. en tant que monteur et réalisateur. En 1952, il se confronte une première fois à Jean Genet avec Les Bonnes, puis s'engage dans une petite troupe de répertoire au pays de Galles avant de revenir à Londres pour créer, en 1956, Le Balcon (alors inédit en France), au grand dam de Genet qui se déclare trahi par la mise en scène : là où il imaginait un rituel, il découvre un plateau transformé en « bordel vraiment glauque », selon l'aveu même de Zadek.

En 1958, Peter Zadek regagne l'Allemagne, non par besoin d'un retour au pays natal, précisera-t-il par la suite, mais pour échapper à l'atmosphère d'antisémitisme dont il a souffert à Oxford comme à Londres. Il travaille à Cologne, Ulm, Brême et dirige le Théâtre de Bochum de 1972 à 1977, puis le Spielhaus de Hambourg de 1985 à 1988. De 1992 à 1994, il codirige le Berliner Ensemble au côté d'Heiner Müller, Peter Palitzsch, Fritz Marquardt et Matthias Langhoff. Ouvert à toutes les écritures, il s'intéresse aussi bien au théâtre français de l'après-guerre (Camus, Vauthier, Ionesco), aux vedettes du Boulevard anglais (Ayckbourne, Griffiths), à Brecht (une seule fois cependant) avec Mère Courage interprétée en 2003 par Angela Winkler, son actrice fétiche, à Strindberg, Ibsen ou à Tchekhov (sa mise en scène de La Cerisaie de 1996 demeure une référence). Surtout, il se lance dans l'exploration de la « planète Shakespeare » (avec une vingtaine de mises en scène, dont sept de Hamlet) et des dramaturges élisabéthains.

Privilégiant d'abord le spectaculaire (il évoquait ses premiers spectacles en Allemagne comme des « espèces de music-halls géants avec deux cents comédiens » qu'il dirigeait comme « un général sur son champ de bataille »), Peter Zadek s'est reposé de plus en plus sur les acteurs, réunissant autour de lui une troupe informelle constituée des plus grands noms de la scène allemande : Angela Winkler, bien sûr, mais aussi Jutta Lampe, Julia Jentsch, August Diehl qu'il dirigea une dernière fois dans Major Barbara, de G. B. Shaw. Ce fut son ultime mise en scène, créée à Zurich quelques mois avant sa mort.

Se définissant comme « un enfant des années 1960, marqué par le théâtre de l'absurde qui m'a appris que le monde n'est en rien homogène mais est formé d'éléments qui n'ont rien à voir les uns avec les autres », Peter Zadek est demeuré hors norme, refusant les évidences et le moralisme sur scène, préférant au didactisme l'art de la suggestion, en quête de vérités plus secrètes, plus inavouables aussi, saisies dans le déferlement des émotions. Le théâtre devait témoigner de la complexité de la vie dans ce qu'elle a de plus cru, avec « du beau et du laid, du tragique et du comique, des choses horribles, d'autres amusantes... ». Quitte à ce que le public recule devant ce mélange de violence froide et d'instants de poésie qu'on n'attend plus. On l'a vu en Allemagne, en 1987, avec La Duchesse d'Amalfi de John Webster, toute en distorsion des images et des sons, ou en 1984 avec Ghetto de Joshua Sobol, qui suscita la polémique parce qu'on y voyait des juifs promis a la mort danser et organiser des spectacles « comme cela existait dans les camps », rappellera Peter Zadek. On l'a vu en France, au festival d'Automne, avec une Lulu déroutante et fascinante apparaissant sous la forme gracile d'une femme presque enfant. On peut citer aussi un Marchand de Venise transporté en 1990 dans l'univers de la Bourse et des golden boys – une tragédie qui n'a cessée de l'accompagner, dans sa réflexion sur le juif « assimilé » qu'il était. Enfin, on n'a pas oublié son Mesure pour mesur [...]

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  • : journaliste, responsable de la rubrique théâtrale à La Croix

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  • Écrit par 
  • Philippe IVERNEL
  •  • 8 424 mots
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Dans le chapitre « Renversement de tendance : le débat autour de la mise en scène »  : […] Depuis 1963, l'art de la « régie » connaît une mutation : il joue davantage sur la distance expérimentale, pouvant inclure au demeurant provocation et agression du public. Peter Zadek, Peter Palitzsch, Rudolf Noelte traitent la scène comme un lieu a priori neutre et, partant de là, prêtant à des manipulations illimitées, donc à une action redoublée sur le spectateur. En 1967, le Mesure pour mesur […] Lire la suite

Pour citer l’article

Didier MÉREUZE, « ZADEK PETER - (1926-2009) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/peter-zadek/