GREENAWAY PETER (1942- )

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Dans le cinéma britannique contemporain, Peter Greenaway occupe une place à part, non seulement par ses multiples activités (il est aussi peintre, romancier, illustrateur de livres, organisateur d'expositions...) mais par ses qualités spécifiques : une originalité très concertée, un esthétisme à la fois raffiné et provocateur, une excentricité tendant au baroque.

Peter Greenaway est né en 1942 à Newport (pays de Galles). Il réalise sa première exposition à Londres en 1964, à la Lord's Gallery, puis entre comme monteur au Central Office of Information. En 1966, il réalise ses premiers courts-métrages (Train et Tree, en 1966) qui montrent que, d'une part, il est incontestablement un formaliste – chez lui, pas de regard social à la manière de Ken Loach, Stephen Frears ou Mike Leigh – et que, d'autre part, il se passionne pour les systèmes de classification chers aux naturalistes tels que Linné ou Buffon. H is for House (1967) décline une série de vocables commençant par un « h ». Windows (1974) classe par âge, catégorie sociale, saison, mobile..., les trente-sept défenestrations ayant eu lieu en 1973 dans une commune du Wiltshire... Le tout culmine dans un premier long-métrage produit par le British Film Institute, The Falls (1980), composé de quatre-vingt-douze séquences décrivant la biographie imaginaire de personnages dont le nom commence par les lettres « Fall... » (« chute ») et victimes d'un supposé cataclysme.

En 1982, The Draughtsman's Contract (Meurtre dans un jardin anglais), son premier film non expérimental mais sophistiqué et surprenant, apporte à Greenaway une notoriété internationale. Au xviie siècle, un étrange contrat lie un célèbre architecte, Neville, à sa commanditaire, Mrs. Herbert. En échange des douze vues de sa propriété qu'elle lui demande, elle paiera en argent et en nature. Mais les dessins de Neville laissent paraître les indices d'un crime à venir. La mère désirant rompre le contrat, sa fille, Mrs. Talman, le reprend aux mêmes conditions... Elles expliqueront plus tard avoir utilisé le peintre comme un géniteur. On trouvera le corps de Mr. Herbert dans un fossé et Neville sera sauvagement assassiné. Si l'intrigue est déjà fascinante et mystérieuse, de nombreux détails, du rôle des fruits aux statues vivantes, orientent le film dans des directions multiples : la peinture et le jeu de la représentation, le rôle du peintre dans la société anglaise de 1694, la situation des femmes, pour qui être veuves sans descendance signifierait la perte du domaine...

C'est encore aux antipodes de tout naturalisme que se situe A Zero and Two Noughts (Z.O.O., 1985), fondé sur un principe formel, la dualité : des jumeaux siamois séparés à la naissance deviennent les amants d'une femme qui perdra ses deux jambes mais donnera naissance à son tour à des jumeaux... Zoologues, les frères siamois visionnent des documents sur l'évolution des espèces, et le film est composé de huit cellules correspondant aux huit étapes de l'évolution selon Darwin... Dualité également dans The Belly of an Architect (Le Ventre de l'architecte, 1987) – le ventre, porteur de mort, de l'architecte atteint d'un cancer, et celui, porteur de vie, de son épouse. Dans Drowning by Numbers (1988), trois femmes d'une même famille (Cissie 1, 2 et 3) se débarrassent de leurs maris respectifs en les noyant. Ce triple assassinat dans le Suffolk est scandé par des chiffres de 1 à 100 qui apparaissent régulièrement sur l'écran...

Les signes, obsessions et caractéristiques de l'univers de Greenaway reviendront dans les films ultérieurs : références picturales, faux-semblants, architecture, labyrinthes, indétermination (au sens que lui donne John Cage), opéra, eau, salles de bain, sexe, corps, nudité, nourriture, contrats, alphabets, nombres, taxinomie, Darwin (auquel Greenaway consacre un court-métrage en 1992, Darwin), oiseaux et obsession du vol, suicides, décomposition organique ou plastique, paysages, perspectives, surfaces, vision, géométrie, cadres, fenêtres, mises en abyme... Après The Cook, the Thief, His Wife and Her Lover (Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant, 1989), la surabondance des signes censés emplir l'imaginaire du magicien Prospero de Prospero's Book (1991), d'après La Tempête, de Shakespeare, pousse l'effet baroque à la saturation. Mais Greenaway retrouve sa force dans le sulfureux et parfois pasolinien The Baby of Mâcon (1993), comme dans T [...]

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Écrit par :

  • : critique et historien de cinéma, chargé de cours à l'université de Paris-VIII, directeur de collection aux Cahiers du cinéma

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Pour citer l’article

Joël MAGNY, « GREENAWAY PETER (1942- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/peter-greenaway/