PERVERSIONS (psychanalyse)

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Désaveu de la différence des sexes (Verleugnung) et division du Moi (Spaltung)

C'est à l'une des toutes dernières publications de Freud (sur le fétichisme) que l'on doit une approche véritablement féconde de la perversion. On sait l'importance que la théorie psychanalytique accorde à la découverte, par l'enfant, de la différence des sexes. C'est en fonction de cette différence que s'organise le désir sexuel, l'enfant ayant à y prendre conscience de son identité sexuelle, et de ce que celle-ci lui commande dans son rapport aux autres et singulièrement dans son rapport à ses père et mère. C'est donc à partir de ce savoir nouvellement acquis que l'œdipe prend sa fonction normative en permettant à l'enfant de constituer les idéaux qui ordonneront sa vie sexuelle. Une telle acquisition prend les formes du complexe de castration chez le garçon, de l'envie du pénis (penis-neid) chez la fille.

Freud a montré que, pour le fétichiste, la découverte de la différence des sexes n'était pas frappée de refoulement (comme pour le névrosé), mais que le jeune garçon répudiait la découverte qu'il venait de faire (l'absence de pénis chez sa mère), qu'il désavouait ce qu'il avait découvert et ce que cette découverte impliquait pour lui dans sa position subjective à l'égard du désir. C'est donc ce « désaveu » (Verleugnung) qui constitue l'originalité de la position du fétichiste, amené à se satisfaire de l'érotisation du vêtement (ou sous-vêtement) féminin aperçu sur la route de la découverte rejetée.

La connaissance de la différence des sexes (et de la position subjective que cela implique pour celui qui a acquis une telle connaissance) n'est donc pas à proprement parler frappée de forclusion (Verwerfung) comme dans la psychose. Freud nous dit que tout se passe comme si le fétichiste gardait pour une part l'ancienne croyance infantile concernant l'existence d'un pénis chez la mère, tandis que pour une autre part il se résigne aux conséquences de cette différence des sexes. Ainsi est-il partagé ; son Moi se trouve divisé (Spaltung) entre les deux croyances contradictoires.

Il n'est pas apparu aux successeurs de Freud que ce processus de division était le fait des seuls fétichistes, ni même des seuls pervers (Melanie Klein parle de splitting de l'Ego, notion à laquelle Freud se réfère explicitement ; voir aussi l'article d'O. Mannoni : « Je sais bien, mais quand même »). Jacques Lacan surtout a repris et développé cette notion de Spaltung, autour de laquelle il articule la position du sujet au regard de son désir et l'objet du désir (objet dit a). Ce n'est pas le lieu de montrer ici les développements considérables qui ont été rendus possibles à partir de ces notions, en particulier pour situer la place du fantasme dans l'organisation psychique et libidinale de l'homme. Remarquons seulement que cette interprétation extensive d'un concept introduit par Freud est du même ordre que celle qui avait été faite par Freud lui-même en ce qui concerne le processus de refoulement, dont l'existence est repérable chez le sujet normal comme chez le névrosé.

Il semble de la plus grande importance de noter que c'est en démontrant l'universalité des mécanismes qui déterminent névrose, psychose et perversion qu'on désaliène le plus sûrement les sujets qui en sont atteints. C'est en ne perdant pas de vue cette identité des processus qu'on peut désormais s'intéresser aux pervers autrement que pour les cataloguer et les écarter, puisque nous découvrons ainsi qu'ils ont à nous apprendre, sur l'organisation libidinale, des faits qui nous concernent tout autant qu'eux-mêmes.

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Jean CLAVREUL, « PERVERSIONS (psychanalyse) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/perversions-psychanalyse/