ROBESON PAUL (1898-1976)

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Paul Robeson aurait pu être tout à la fois Louis Armstrong, Ray « Sugar » Robinson et, avant l'heure, Sidney Poitier. Il fut effectivement un champion sportif, brillant joueur de base-ball, de basket-ball et, surtout, le premier Noir à avoir fait partie de la prestigieuse équipe des États-Unis de football américain (All-American Football Team) en 1917 et 1918. Chanteur, baryton-basse au timbre magnifique, il reçut du monde entier des ovations qui furent seulement interrompues en 1950, lorsqu'on lui retira son passeport. Acteur, il personnifia Othello pour des générations américaines et britanniques, créa plusieurs pièces d'Eugene O'Neill, dont Emperor Jones, et tourna une dizaine de films.

Mais Paul Robeson n'était pas simplement une personnalité exceptionnelle additionnant les talents et multipliant les succès ; il était un Afro-Américain du xxe siècle, homme d'une droiture exemplaire, d'une inaliénable fidélité à ses convictions, un infatigable combattant de la liberté. Et, finalement, la répression dirigée contre le critique peu diplomate de la ségrégation, contre l'avocat des réussites de l'Union soviétique eut raison de la popularité acquise par l'artiste.

« Au fur et à mesure que j'entrais dans la vie, une chose s'imposa à moi par-dessus tout le reste : j'étais le fils de mon père, un Noir en Amérique. Telle était la gageure » : ainsi Paul Robeson présente-t-il son éveil à la conscience. Et fils d'un Noir en Amérique, dans le cas présent, cela voulait dire fils d'un esclave marron ayant fui une plantation de Caroline du Nord et gagné le Nord grâce à l'organisation clandestine du « chemin de fer souterrain », pour finalement devenir pasteur presbytérien. Le jeune Robeson fut donc élevé dans une famille de la petite bourgeoisie intellectuelle afro-américaine, ce qui lui permit de poursuivre ses études jusqu'à l'université ; imprégné des préceptes d'honnêteté morale prêchés par son père, il avait aussi une inassouvissable soif de liberté. Sans doute faut-il voir là le terreau susceptible de faire apparaître un tempérament de lutteur. Mais d'autres événements, extra-familiaux, vont fortement influencer, au départ, la carrière de Paul Robeson. Alors qu'il n'est encore qu'un des plus brillants arrières que le football américain ait connus, la guerre se termine en Europe, où les Afro-Américains ont obtenu le droit de mourir à côté des Blancs. À Harlem, les écrivains, les intellectuels s'interrogent sur leur place dans la société américaine : ils forment un mouvement culturel auquel on donne le nom de Black Renaissance et ne cachent pas leur intérêt pour le mouvement panafricaniste dont W. E. B. DuBois, un autre Noir des États-Unis, fut l'un des instigateurs ; en même temps, un Jamaïcain émigré en Amérique du Nord, Marcus Garvey, prône le retour en Afrique. Quand, poussé par des amis, Paul Robeson abandonne un avenir prometteur de conseiller juridique (là encore, il fut le premier Noir dans une firme blanche) pour monter sur les planches, le monde afro-américain fermente, parle de culture noire, d'héritage africain et de fierté retrouvée. Il restera toujours fidèle à cette passion pour l'Afrique redécouverte, restituée dans sa grandeur. Passion qui se renforce encore lorsqu'à Londres, dans les années 1930, il côtoie des étudiants qui, quelques décennies plus tard, deviendront les dirigeants politiques des États ayant accédé à l'indépendance : Kwame Nkrumah (Ghana), Nnamdi Azikiwe (Nigeria), Jomo Kenyatta (Kenya) ; au point qu'il s'inscrit à l'École des langues orientales de Londres pour travailler quatre ou cinq langues africaines. C'est encore à l'Afrique qu'il pense en découvrant l'Union soviétique : ce qui le frappe alors, ce sont les progrès accomplis dans les régions naguère sous-développées de l'Asie centrale : si en l'espace de dix ans les Yakoute et les Ouzbek ont été capables d'entrer dans l'ère industrielle, pourquoi les Noirs d'Afrique employant les mêmes moyens ne parviendraient-ils pas au même résultat ? Cet espoir va le conduire, d'un côté à soutenir indéfectiblement l'Union soviétique – sa fidélité sera récompensée en 1952 par le prix Staline –, alors qu'il est dans son pays un proscrit, et de l'autre à se lier très étroitement au mouvement ouvrier international et au Parti communiste des États-Unis.

Dans les années 1930, il connaît la gloire : ce ne sont que tournées triomphales, succès théâtraux, tournages de fil [...]

Paul Robeson

Photographie : Paul Robeson

Londres, 1938. Dans le cadre de l'exposition d'art allemand du XXe siècle présentée aux New Burlington Galleries, l'artiste noir américain Paul Robeson (1898-1976) chante au profit d'artistes chassés de leur pays par les nazis. 

Crédits : Hudson/ Hulton Archive/ Getty Images

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  • Raphaël BASSAN
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Pour citer l’article

Denis Constant MARTIN, « ROBESON PAUL - (1898-1976) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/paul-robeson/