DUSAPIN PASCAL (1955- )

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Le compositeur français Pascal Dusapin s'est rapidement affirmé comme un des principaux représentants de sa génération. Les clés du succès de ce créateur indépendant, affranchi de toute école, mais ne renonçant ni aux acquis d'un certain classicisme ni aux avancées des avant-gardes ? En premier lieu, incontestablement, sa passion pour le matériau instrumental et vocal ainsi que son lyrisme : chez Dusapin, le souci de la recherche formelle ne fait jamais oublier que le but ultime de l'œuvre demeure l'expression. En second lieu, son éclectisme et sa curiosité, qui l'ont conduit à aborder, avec un égal bonheur, tous les genres et toutes les formes : œuvres pour instrument seul, musique de chambre, pièces pour ensembles, pour chœurs, pour orchestre, théâtre musical et opéra... Titulaire de la chaire de création artistique au Collège de France pour l'année académique 2006-2007 – il n'est que le second compositeur, après Pierre Boulez, à être accueilli par la prestigieuse institution –, Pascal Dusapin a déclaré, dans sa leçon inaugurale, Composer. Musique, Paradoxe, Flux, prononcée le 1er février 2007 : « Composer n'est pas démontrer. Composer, c'est inventer des impulsions et des flux. [...] Composer, c'est inventer des chemins de traverse, des éloignements, des distances. C'est comme fuir et s'enfuir toujours. Mais composer, c'est long. Et lent. [...] Ça n'avance jamais. C'est parce qu'on ne sait pas ce que ça va devenir. La question paradoxale, ça n'est pas d'achever mais comment ne pas finir. Composer, c'est ne jamais finir. »

Pascal Dusapin

Photographie : Pascal Dusapin

Pascal Dusapin en 2006. «Pascal Dusapin [...] semble composer une musique à la fois atonale et étrangement sensuelle, non abstraite, «humaine». Comment s'y prend-il? Peut-être en transcrivant à l'instrument sa propre voix quand elle gémit, ou simplement quand elle parle.» Jacques... 

Crédits : Lambert/ ullstein bild/ Getty Images

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Sous le signe de Xenakis et de Varèse

Né le 29 mai 1955 à Nancy, Pascal Dusapin est l'un des très rares compositeurs français de sa génération à avoir bénéficié d'une véritable médiatisation alors qu'il n'avait pas encore vingt-cinq ans. Il suit des études universitaires (musicologie, arts plastiques, science de l'art à Paris-I-Sorbonne), et bénéficie du parrainage de la Fondation de la vocation (dont il est lauréat en 1977) ; surtout, il suit les séminaires de Iannis Xenakis (1974 et 1978).

De ce dernier, Dusapin a appris que la musique est un langage dont la dialectique se doit d'être logique, sinon radicale. De Xenakis vient en outre sa pensée d'un concept musical qu'il nomme fuite et qui trouve son pendant dans cet autre concept, la capture.

Fuite : car, comme Xenakis et Edgar Varèse – dont Arcana l'a très tôt fasciné –, Dusapin refuse les notions de thème et de développement et tient à assumer le paradoxe consistant à trouver l'unité dans la discontinuité de son discours.

Capture : parce que la rigueur de sa pensée (qui ne perd jamais de vue son stochos – son but) procède par impulsions successives d'énergie. Une énergie qui, dès qu'elle est libérée, se voit ainsi captée, « capturée » par le geste musical du compositeur, par sa logique compositionnelle. Un geste se définissant non pas comme une explosion mais comme une implosion car, ici, c'est l'énergie elle-même qui se libère, et non pas le matériau qui libère son énergie.

De Xenakis vient aussi son emploi de glissandos et l'intégration à son univers des micro-intervalles. Mais, contrairement à lui, Dusapin ne s'enferme pas dans une axiomatique.

De Varèse, Dusapin a appris la notion d'énergie, le refus du développement thématique et l'approche organique de la structure musicale.

De Varèse, il a hérité la puissance élémentaire du son-timbre, la tension naissant de la concentration du matériau autant que de la concision du discours, le désir de s'échapper du tempérament, et cette perception de la musique qui envisage celle-ci comme une masse de sons évoluant dans l'espace, et non pas comme une série ordonnée de notes. Mais, contrairement à lui, Dusapin se passionne pour le jazz (en tant qu'organiste, il en joue pour son plaisir) et reste de marbre face à l'univers des percussions. De plus, si Dusapin possède une formation de mathématicien, il n'est cependant point un scientifique.

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Écrit par :

  • : compositeur, critique, musicologue, producteur de radio

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Pour citer l’article

Alain FÉRON, « DUSAPIN PASCAL (1955- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pascal-dusapin/