ŌKYO MARUYAMA (1733-1795)

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Fondateur du shasei-ga ou peinture réaliste, Maruyama Ōkyo reste, malgré son éclipse actuelle, l'une des figures prééminentes du Japon.

Son réalisme, absolument neuf, suscita l'opposition unanime des mouvements qui puisaient directement aux traditions sino-japonaises. Mais, comme elle correspondait aux aspirations contemporaines, sa vision des choses s'imposa irrésistiblement et influença par la suite jusqu'aux écoles antagoniques. En outre, sa volonté d'objectivité, son refus de tout ésotérisme lui gagnèrent un public aussi large que fidèle.

Ōkyo eut le génie de traduire ses idées novatrices en termes éminemment japonais. En greffant les apports étrangers sur les techniques séculaires, en intégrant les innovations dans les traditions, il réussit une brillante synthèse qui s'inscrit harmonieusement dans l'évolution picturale du Japon. D'autres tentèrent la même expérience réaliste, mais il fut le seul à l'adapter parfaitement à l'âme nationale et à se faire reconnaître comme chef de file.

Ōkyo et le réalisme

Jamais la peinture ne fut aussi florissante, ni aussi largement accueillie, ni aussi diversifiée au gré des classes sociales que durant la période d'Edo (1615-1868).

À côté des écoles traditionnelles – Tosa et Kanō – qui au service de l'aristocratie de sang et d'épée ne se renouvelaient plus, à côté de la grande peinture décorative – école Rimpa – étroitement liée aux arts appliqués, deux grands courants vinrent régénérer la peinture au xviiie siècle : l'un idéaliste, l'autre réaliste. Le premier s'incarne dans l'école Bunjin-ga, ou peinture des lettrés, qui s'adresse à une élite intellectuelle, éprise d'idéal chinois et quelque peu en marge de la société. Quant au courant réaliste, il couvre, dans son acception restreinte, l'école Maruyama et ses développements ultérieurs ; mais, au sens large, il englobe aussi d'autres mouvements : l'Ukiyo-e, du fait de ses thèmes et de sa peinture de mœurs ; l'école chinoise de Nagasaki, surtout par ses compositions « fleurs et oiseaux » (kachō) à la manière Ming et ses descriptions minutieuses de la nature ; l'école européenne, enfin, qui donnait des transpositions malhabiles mais fidèles de l'esthétique occidentale, telle qu'on la percevait surtout au travers de la chalcographie hollandaise.

Bien que les modes d'expression de ces diverses recherches naturalistes soient très différents, la même conception les sous-tend : l'observation directe de la nature est épurée de toute intention littéraire ou philosophique pour n'en transmettre qu'une vision qui se veut objective. Mais seuls Ōkyo et son école rencontrèrent la vérité naturaliste, appropriée à l'esthétique japonaise, et l'appliquèrent à toutes les formes et à tous les genres picturaux.

Si le mouvement réaliste, quasi inexistant jusqu'alors, put s'épanouir soudain avec tant de force, c'est qu'il exprimait parfaitement l'esprit du temps. En effet, en dépit d'un régime féodal et policier qui la ravalait au bas de l'échelle sociale, une bourgeoisie, formée au commerce et à l'artisanat, avait conquis au xviiie siècle une place prépondérante, culturelle autant qu'économique. Et, que ce soit en Europe ou au Japon, réalisme et bourgeoisie vont de pair. En contact permanent avec la matière, cette classe positive entend trouver, en art comme dans son activité quotidienne, le même constat sensoriel, la même foi en une réalité directement perçue, le même amour du monde palpable.

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Écrit par :

  • : conservatrice des collections Japon, Chine et Corée aux Musées royaux d'art et d'histoire, Bruxelles, gestionnaire des musées d'Extrême-Orient

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Pour citer l’article

Chantal KOZYREFF, « ŌKYO MARUYAMA (1733-1795) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/okyo/