KONDRATIEFF NIKOLAÏ DIMITRIEVITCH (1892-1938)

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Nikolaï Dimitrievitch Kondratieff est né le 4 mars 1892 dans une famille paysanne, où il était l'aîné de dix enfants. Après avoir réussi son baccalauréat comme candidat libre en 1911, il entre à la faculté de droit de Saint-Pétersbourg où il s'intéresse essentiellement à l'histoire et à l'économie. Ses brillants résultats semblent le destiner au professorat mais, en 1917, la révolution de Février le projette dans l'action politique. Membre du Parti socialiste révolutionnaire, il milite pour la réforme agraire et s'occupe des questions de ravitaillement : vice-président du comité d'État du ravitaillement, il est nommé vice-ministre du Ravitaillement le 5 octobre 1917 dans le dernier gouvernement Kerenski, quelques jours avant le renversement de celui-ci. Il ne se rallie pas immédiatement aux bolcheviks, qu'il commence au contraire par critiquer, et il ne se définira jamais comme marxiste. Mais il va participer à l'édification de l'Union soviétique. Il part s'installer à Moscou et entre au conseil de la coopération agricole unifiée en décembre 1918. En 1919, il devient membre de l'académie agricole Pierre-le-Grand (future académie agricole Timiriazev) où il est sera nommé professeur en septembre 1920 et, en 1923, titulaire de la chaire « étude des marchés agricoles ». Il publie – et continuera de publier – de nombreux travaux d'économie agricole.

En 1920 est créé un petit centre de recherche, l'Institut de la conjoncture, dont il est directeur et dont il va rapidement faire un organisme économique important qui devient en 1923 un département du ministère des Finances chargé d'étudier la conjoncture soviétique aussi bien qu'étrangère et de réfléchir aux bases de la direction scientifique de l'économie. L'Institut publie un bulletin statistique et une revue théorique, et c'est dans ce cadre que Kondratieff va développer ses réflexions sur les crises et les cycles longs (L'Économie mondiale et ses conjonctures avant et après la guerre, 1922 ; Questions controversées d'économie mondiale et de crise, 1923 ; Statistique, dynamique et conjoncture, 1924). En 1925, il publie un article, « Les Grands Cycles de la conjoncture », dans lequel il fait apparaître pour la première fois ces fameux cycles cinquantenaires auxquels Schumpeter donnera le nom de « cycles Kondratieff ». Cet article fondateur sera traduit immédiatement en allemand, mais devra attendre plus de cinquante ans pour être accessible en anglais et en français. En U.R.S.S., par contre, il suscita en 1926 un important débat scientifique qui fut publié en 1928 dans un ouvrage au titre homonyme. Au-delà de la notion des cycles longs, l'ensemble de ces articles révèlent une réflexion remarquable sur la prévision, l'incertitude, la réversibilité et l'irréversibilité des phénomènes économiques et sur nombre d'autres questions théoriques que le jeune économiste n'aura malheureusement pas l'occasion de développer.

Enseignant et chercheur, Kondratieff dirige également le département de statistique et d'économie agricole du ministère de la Terre et, à ce triple titre, est amené à prendre sur les questions de politique économique, notamment agricoles, des positions qui vont amener sa chute. Partisan d'un développement qui s'appuierait au départ sur l'agriculture et les industries légères, il est sceptique envers les possibilités d'une planification impérative de l'économie. Pour accroître la productivité, il suggère de conserver des liens avec le marché mondial, d'intéresser les agriculteurs aux résultats de leur travail et de maintenir des prix agricoles rémunérateurs. Il prône le développement des coopératives. Ces positions, parfaitement cohérentes avec la N.E.P. de la période 1923-1927 dont il est un des artisans, sont évidemment inconciliables avec les orientations qui prévalent à partir de 1928, lorsque est lancée la collectivisation forcée. Kondratieff n'est plus autorisé à publier et doit abandonner la direction de l'Institut de conjoncture au début de 1928. Arrêté en juillet 1930, il est accusé de saboter l'agriculture soviétique et la planification, et condamné à huit ans de prison. À partir de février 1932, il est transféré dans un « isolateur politique » où il s'efforce, malgré tout, de poursuivre ses recherches sur la dynamique économique. Mais il tombe malade et, en 1938, est jugé une deuxième fois, condamné à mort et fusillé – une fin dont sa famille n'aura confirmation qu'une vingtaine d'années plus tard.

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Écrit par :

  • : maître de conférences de sciences économiques à l'université de Montpellier-I

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  • Denis CLERC
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Dans le chapitre « Le cycle Kondratieff »  : […] Une importance particulière doit être accordée au « cycle Kondratieff » (l'appellation vient toujours de Schumpeter), du nom de l'économiste soviétique qui, vers 1925, a formulé l'hypothèse de l'existence de cycles longs, de l'ordre d'un demi-siècle. Cela ne porta pas chance à Nikolaï Dimitrievitch Kondratieff, disparu dans les ténèbres du goulag dans les années 1930 pour avoir osé dire que l'écon […] Lire la suite

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Marc PÉNIN, « KONDRATIEFF NIKOLAÏ DIMITRIEVITCH - (1892-1938) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nikolai-dimitrievitch-kondratieff/