MONTRÉAL (JEUX OLYMPIQUES DE) [1976]Contexte, organisation, bilan

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Le 12 mai 1970, lors de sa soixante-neuvième session tenue à Amsterdam, le C.I.O. choisit, au second tour de scrutin, par quarante et une voix contre vingt-huit en faveur de Moscou, Montréal pour organiser en 1976 les XVIIIes jeux Olympiques d'été. La capitale de l'U.R.S.S. était en tête au premier tour, mais la solidarité nord-américaine a joué : les dix-sept membres du C.I.O. qui avaient voté pour Los Angeles au premier tour ont accordé leur voix à Montréal au second.

Roger Rousseau se voit nommé président du comité d'organisation, mais Jean Drapeau, le maire de Montréal, est la cheville ouvrière des Jeux. En avril 1972, trois mille journalistes assistent à la présentation du projet d'aménagement urbain du secteur est de Montréal, transformé en parc olympique. La conception architecturale des enceintes sportives est l'œuvre du Français Roger Taillibert. Un stade olympique de quatre-vingt mille places, un vélodrome de huit mille places et une piscine olympique de dix mille places doivent notamment sortir de terre. Le projet de Roger Taillibert consiste à regrouper géographiquement ces trois enceintes principales des Jeux, et il décide que tous les travaux nécessaires à leur édification débuteront simultanément. Enfin, sorte de défi à la tradition nord-américaine où l'acier est roi, il choisit du béton précontraint pour ces constructions.

Le stade olympique accueille les cérémonies d'ouverture

et de clôture, est le théâtre des compétitions d'athlétisme, du saut d'obstacles équestre et de la finale du tournoi de football. Il est tracé selon un plan elliptique (deux axes de 490 et 180 mètres), trente-quatre consoles autostables soutenant la couverture. Exemple audacieux d'architecture oblique, un mât de 168 mètres de hauteur, en porte-à-faux de 65 mètres par rapport à la base, en constitue le symbole. Mais, quand s'ouvrent les Jeux, cette tour est inachevée et on vient juste de poser la pelouse... Jouxtant la piscine, le vélodrome, couvert par une énorme voûte sphérique autostable de 172 mètres de longueur et de 32 mètres de hauteur au sommet, entièrement climatisé et doté d'une piste de 285,74 mètres, est considéré comme un modèle du genre. Outre les épreuves cyclistes sur piste, le vélodrome accueille les compétitions de judo. Le parc olympique englobe deux autres enceintes sportives : le centre Pierre-Charbonneau, construit en 1960 et rénové, sert de cadre aux épreuves de lutte gréco-romaine ; l'Aréna Maurice-Richard, une enceinte modulable destinée essentiellement au hockey sur glace et édifiée en 1961, est utilisée pour la lutte libre et la boxe.

En dehors du parc olympique mais à Montréal même, d'autres installations sont rénovées ou construites : le Forum de Montréal (dix-huit mille places) voit se produire les gymnastes – il est aussi le cadre des finales de boxe, de handball, de volley-ball et de basket-ball ; les escrimeurs se mesurent au stade d'hiver de l'université de Montréal (deux mille cinq cents places) ; les haltérophiles concourent à l'Aréna Saint-Michel, construite en 1966 (deux mille sept cents places) ; certains matchs de basket-ball ont lieu au centre Étienne-Desmarteaux, des rencontres de handball et de water-polo au centre Claude-Robillard, des parties de volley-ball à l'Aréna Paul-Sauvé. Le stade Percival-Molson (dix-huit mille places) de l'université McGill est utilisé pour le hockey sur gazon. Un bassin olympique destiné à l'aviron et au canoë-kayak est aménagé sur l'île Notre-Dame, une île artificielle créée pour l'Exposition universelle de 1967.

Par ailleurs, les compétitions de tir ont lieu dans les stands de l'Acadie, à 45 kilomètres de Montréal, les épreuves de tir à l'arc à Joliette, à une soixantaine de kilomètres de Montréal. Pour le dressage et le concours complet, les cavaliers se produisent au centre équestre de Bromont, situé à 71 kilomètres à l'est de Montréal. Les compétitions de voile ont lieu à Kingston, dans l'Ontario.

Le stade olympique n'est donc pas achevé quand s'ouvrent les Jeux. En effet, Jean Drapeau se heurte à de multiples difficultés pour mener à bien le projet olympique : ses adversaires politiques contestent sa gestion, la puissante Fédération des travailleurs du Québec se sert du chantier olympique comme terrain de revendications sociales et multiplie les grèves (plus de cent vingt jours de grève de novembre 1974 à mai 1976). De plus, la crise pétrolière consécutive à la guerre du Kippour d'octobre 1973 provoque une panique économique mondiale et augmente en cascade tous les coûts des constructions. Le budget des Jeux explose. En finalisant son dossier en 1972, Montréal estimait le coût des Jeux à 310 millions de dollars. À l'heure des bilans, force sera de constater que les Jeux ont englouti 1,596 milliard de dollars, dont 987 millions pour les installations sportives et 85 millions pour un village olympique édifié par des entreprises privées.

Le comité d'organisation se rend vite compte du désastre financier à venir et multiplie les initiatives pour générer de nouvelles recettes : création d'une loterie olympique, qui rapporte 235 millions de dollars ; frappe d'une monnaie olympique, laquelle est pour la première fois commercialisée dans le monde entier, émission de timbres, ces deux opérations faisant entrer 115 millions de dollars dans les caisses. Il faut bien sûr ajouter les droits de retransmission télévisée : en payant 25 millions de dollars, la chaîne américaine A.B.C. s'assure l'exclusivité pour les États-Unis et propose 76 heures de programmes ; l'Eurovision verse 1,7 million de dollars ; au total, les droits de retransmission se montent à 32 millions de dollars pour le monde entier. La vente des billets d'entrée dans les enceintes sportives rapporte certes 27 millions de dollars, mais cela constitue aussi un semi-échec : trois millions de spectateurs assistent aux différentes compétitions, mais plus de quatre millions cinq cent mille billets étaient proposés à la vente. Malgré les fonds injectés par les pouvoirs publics (142 millions de dollars par l'État fédéral, 25 millions par la Province de Québec, 8 millions par la Ville de Montréal, 1 million par la Province d'Ontario), les Jeux laissent un déficit abyssal : 990 millions de dollars.

En outre, la politique internationale trouble gravement le rendez-vous quadriennal. Le premier problème vient du dossier chinois. En effet, Mao Zedong s'affaiblit, la révolution culturelle se meurt, la Chine communiste tente timidement de normaliser ses relations avec le reste du monde. Ainsi, la République populaire de Chine négocie depuis 1975 avec le C.I.O. son retour au sein du mouvement olympique. Par ailleurs, Pierre Elliot Trudeau, le Premier ministre canadien, fait savoir le 28 mai 1976 que, depuis 1970, son go [...]

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Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pierre LAGRUE, « MONTRÉAL (JEUX OLYMPIQUES DE) [1976] - Contexte, organisation, bilan », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/montreal-jeux-olympiques-de-1976-contexte-organisation-bilan/